17.11.2009
Les soupçons de Monsieur Sadhan
Quand Monsieur Sadhan, revenu du travail trouve une brindille sur le sol de sa chambre. L'ameublement y était tout ordinaire, une couchette, un bassin, un pot d'eau sur une chaise. La moindre particule de poussière dans les coins lui était insupportable. Son linge bien rangé, éclatant. Bien que prosaïque, Sathan laisse ses taches
Domestiques au domestique. Il leva le nez à la vue de la brindille.
"Pocha !"
Il se présenta
"Vous m'avez appelé, Monsieur ?"
"Que veux-tu dire, tu en doutes ?"
"Non Monsieur, pourquoi en douterais-je ?"
"Pourquoi cette brindille sur le sol ?"
" Je ne sais pas, Monsieur, un oiseau l'a peut-être perdu".
" U oiseau qui l'a apporté pour construire son nid l'aurait-il perdu, pourquoi ? tu ne l'as pas vue en balayant ou n'as-tu pas balayé du tout"
" Je balaie chaque jour, Monsieur et cette brindille n'était pas là".
"C'est la vérité ?"
"Oh oui, Monsieur ".
"Tout de même, c'est bizarre ".
Le matin suivant avant d'aller au bureau Sadhan vit un moineau et suspecta qu'il projetait de construire son nid. Mais ou ? Où dans l'appartement ? Dans l'encadrement de la fenêtre, çà se pourrait. Il commençait à se demander pourquoi, dans cet immeuble de trois étages à sept appartements, c'était sur le sien que l'animal avait jeté le regard. Qu'est ce qui pouvait bien y attirer un oiseau ? Après y avoir beaucoup pensé, Monsieur Sadhan se demanda si ce n'était pas sa nouvelle brillantine parfumée. D'après Nilmoni, du second étage, c'était un remède contre les pellicules. Son odeur forte attire peut-être les oiseaux. Il se posait la question si son domestique ne répandait pas de lotion pour faire de son appartement, un genre de sanctuaire pour les oiseaux. En réalité, sa paranoïa était bien connue de chacun au 72 de la rue de Mirjapur, et çà les faisait bien rire.
" Hé salut, c'est quoi le nouveau soupçon aujourd'hui ? "
Il avait à entendre ce genre de questions presque à la fin de chaque journée. Et pas seulement des questions, ils avaient aussi d'autres façons de le tirer en bouteille. Le soir, Sedan se tenait à la table de la partie de carte habituelle qui se tenait chez Nobendu Chatterjee dans le studio du premier étage. Un jour, en y allant, Nobendu lui passa un petit billet de papier froissé et dit,
" Regardez ceci, Monsieur et voyez si quoi que ce soit vous paraissez suspicieux. On l'a jeté de la fenêtre".
En réalité, cette page était arrachée du livre de calcul de la fille de Nobendu. Sadhan aplati le papier, le lit un moment et dit,
"Il semble qu'une sorte de code avec des nombres est écrite dessus".
Nobendu regardait Sadhan sans un mot
" Mais nous devons le tirer au clair," dit Sadhan, " c'est peut-être une menace. Dans ce cas…"
Naturellement, le code ne fut jamais déchiffrer, mais ce n'était pas important. DE ce chiffon de papier les soupçons de Monsieur Sadhan prirent la tangente, se mit à penser que tout Calcutta était un tripot plein de joueurs décevants et de menteurs compulsifs. Dans ces conditions, les soupçons lui servaient de légitime défense
Un jour, en rentrant du travail, Sadhan trouva un gros paquet sur sa table. D'abords, il se dit qu'il était là par accident. Qui lui enverrait un paquet comme celui-ci ? Il n'attendait rien.
Il alla vers lui et vit que son nom ne se trouvait pas sur le paquet, ce qui augmenta sa méfiance.
Ayant sonné son domestique, il demanda,
" D'où viens ce paquet ? "
"Monsieur, un homme est venu cet après-midi et l'a donné à Dannajoy, il vous a demandé et a dit qu'il était à vous".
"Que contient-il ? , Qui l'a envoyé ? C'est tout ce qu'il a dit ? "
"Oui, Monsieur, c'est tout ".
Après avoir mis son châle à la patère, Sadhan s'assit sur le lit, c'était un gros paquet, presque assez pour y mettre un petit homme. Mais impossible de savoir qui l'avait envoyé.
Il se leva du lit retourna vers le paquet et le soupesa, il pesait, au moins, cinq kilos. Il tenta de se souvenir quand il avait reçu un pareil emballage pour la dernière fois. Oui, sa tante qui habitait à Karoda lui avait envoyé de la pulpe de mangue (aamsotto), il y a trois ans de cela. Elle était morte depuis trois mois. Aujourd'hui, Sadhan n'avait plus de parents même éloignés. L'absence de lettre ne fit qu'augmenter sa perplexité.
Et s'il y en avait une, elle s'était perdue par la négligence de Dananjoy.
Maintenant, il fallait parler à Dananjoy. En se disant qu'il ne fallait pas le faire appeler, il descendit au rez de chaussée. Danajoy était dans la cour avec un mortier et s'escrimait à moudre quelque chose.. Il se leva à l'appel de Sadhan.
"Quelqu'un vous a donné un paquet pour moi aujourd'hui ?"
"Oui, Monsieur ".
" Et pas de lettre avec ?"
"Non, Monsieur"
"A-t-il dit d'où il venait ?"
"Il a mentionné un nom comme "Madan" ou quelque chose, je n'en suis pas sur ".
Sadhan ne se souvenait de personne de ce nom. Qui sait ce que l'homme avait vraiment dit ? Sadhan avait toujours soupçonné que Danajoy était sot.
" Il n'y avait pas de reçu avec le colis ? "
" Oui, Monsieur et il l'a signé ".
"Qui ? Shorashi ?"
"Oui, Monsieur ".
Bon, c'était inutile de questionner Shorashi, Il avait signé un bout de papier…Sadhan
sans faire attention de l'origine de l'envoi.
Sadhan retourna à son appartement. C4était novembre et on pouvait clairement sentir les premiers frimas de l'hiver dans l'air du soir. Bientôt, ce serait Kalipuja. Les préparations allaient bon train et parfois, on pouvait entendre un pétard exploser.
"Boom !"
Ce pétard avait explosé dans le voisinage. Juste à cet instant, un choc parcouru le dos de Sadhan.
"Une bombe à retardement !"
Il y avait peut-être une bombe à retardement dans le paquet attendant son moment pour sauter, et mener ses activités en ce monde, à leurs fins. On entend parler de ces bombes partout ces temps-ci, c'était une arme de choix pour les terroristes internationaux, mais qui lui enverrait une bombe et pourquoi ? Aussitôt qu'il se formula ces questions Sadhan se rappela, que dans sa profession, on ne manquait jamais d'ennemis. Il devait même graisser la patte pour obtenir des contrats, tout comme ses adversaires en affaires. Quand il en gagnait un, tous les autres concurrents devenaient ses ennemis jurés, çà arrivait souvent.
"Pocha !"
Il entendait sa voix, était à peine audible, Son gosier sec comme du carton.
Pocha se montra quand même.
" Vous appelez Monsieur ?"
Mais étais-ce une bonne idée ? Sadhan avait pensé qu'il dirait à Pocha de mettre son oreille et écouter pour un bruit de tic-tac mais si le paquet…
Sadhan ne pouvait plus penser, Pocha était toujours là attendant les ordres de son maître, Il fut forcer de dire qu'il l'avait appelé par erreur et qu'il n'en avait pas besoin.
Sadhan n'oubliera jamais cette nuit, parfois, il se réveillait, pris d'indisposition, mais pour la première fois, il avait passé la nuit entière, assis sur son lit, trempé de sueur froide, au bord d'une terreur consciente.
La bombe n'ayant pas explosé durant la nuit, il regagna une certaine confiance. Il décidât d'ouvrir le paquet le soir même. Il réalisa même, que ses soupçons se trouvaient exagérés.
Mais quelque chose arriva ce soir là et le paquet resta fermé.
La plupart des gens lisent tout le journal, mais pas Sadhan, il lisait rapidement les titres de chaque page. C'est pourquoi il n'avait pas vu la nouvelle d'un meurtre au Nord de Calcutta, Il ne l'apprit que le soir ; il entendit une conversation animée en passant devant l'appartement de Nobendu Chatterjee en rentrant du bureau.
Un meurtre, allée Patuatola, Shibdash Moulik, le nom de la victime, ce nom déclencha des souvenirs lointains dans la mémoire de Sadhan. Il avait bien connu Moulik, étais-ce Shibdash, son nom ? Possible. Il avait vécu allée Patuatola avec Moulik pour voisin. Il y jouait aux cartes tous les soirs. Tout le monde l'appelait Moulik alors Sadhan ne savait pas son prénom, deux autres y allaient Sukhen Datta et Madhushudan Maiti. Il n'avait jamais rencontré un caractère si traître que ce dernier, Absolument convaincu que Maiti trichait aux cartes, il l'en accusa un jour. La réaction fut terrible. Sadhan découvrit qu'il gardait toujours un couteau dans la poche. Et, c'est grâce à Moulik et à Shukken Datta s'il vivait vivais encore aujourd'hui. Après quelques succès en affaires, Sadhan déménagea la maison de l'allée Patuatola vers la rue de Mirjapour, oubliant ses relations avec Moulik et compagnie. Ce qui ne lui fit pas perdre sa manie des cartes ni sa manie paranoïaque, Mais d'autres changements eurent lieu, il passa de la bidis à la cigarette, sa vêture s'améliora et se rendait parfois dans les boutiques
Pour acheter du bric-à-brac pour son appartement, une peinture, un vase ou un cendrier d'importation. Son existence des sept dernières années se déroula ainsi.
Si l'homme assassiné était bien le Shibdash Moulik qu'il avait connu, alors c'était Madhu Maiti. Sadhan en était certain
"Comment l'a-t-on tué ? " demanda-t-il.
" Brutalement," dit Nobendu Chatterjee. " On n'a pas pu identifier le corps. Ils ont trouvé son nom sur un agenda trouvé dans sa poche ".
"Pourquoi n'a-t-on pas pu identifier le corps ? "
" Il n'y avait que le torse, la tête avait disparu ".
Pas de tête, çà veux dire …"
" Chop Chop !" Nobendo démontra ceci en levant sa main repliée au-dessus de sa tête et en l'abaissant violemment. " Ils n'ont pas trouvé ou le meurtrier avait mis la tête".
"Ont-ils trouvé le meurtrier ? "
"Il s ont trouvé un jeu de cartes ou se trouvait Moulik et la police pense qu'il y a un lien ".
En montant les escaliers, Sadhan réalisa que sa tête tournait. Le moment de l'accusation de tricher aux cartes lui revenait clairement en face des yeux. Il échappe au coup de couteau mais se souvint longtemps du regard plein d'une haine brûlante de Maidi. ET il se souvenait Maidi disant,
"Tu ne me connais pas, Sadhan ! Tu t'en tires aujourd'hui, mais j'aurais ma revanche, Peut-Être aujourd'hui peut-être dans dix ans !" Il l'avait juré. Sadhan avait pensé qu'en quittant l'allée Patuatola, il y échapperait, mais…
"Et si ce paquet venait de Madhu Maiti ? Le domestique avait dit "Madan". Pas de doute, Dananjoy était dur d'oreille il n'y a pas beaucoup de différence entre Madhu et Madan. Madhu ou ses gens avaient envoyé ce paquet
et le bordereau pour être certain qu'il arriverait chez lui.
La tête de Shibdash Moulik se trouvait dans le colis !
Entre le sommet de l'escalier et sa chambre, Sadhan s'amarra à cette idée. De sa porte, il pouvait voir le paquet placé sur la table près du vase. Soudain, à la fois le poids et la dimension indiquait clairement ce qu'elle contenait. Pocha resta là, un peu surpris de voir son maître stationnant dessous le chambranle. Après une énorme réflexion, il parvint dans sa confusion à articuler au domestique de lui apporter du thé..
"Quelqu'un est venu pour moi aujourd'hui ?"
"Non, Monsieur."
"Hmm."
Il se demandait si la police n'était pas venue quand il était parti. Que lui arriverait-il s'ils trouvaient une tête dans son appartement ? Çà le fit suer. Il retrouva un peu de force en avalant le thé. Au moins, ce n'était pas une bombe.
Une chose était certaine. S'il devait passer la nuit entière assis à coté d'une boite avec une tête dedans, il allait devenir fou. Une pilule le fit dormir de suite mais il ne put échapper à ses cauchemars. A un certain moment il se voyait jouer aux cartes avec Moulic décapité. Après, ce fut la tête sans corps qui venait vers lui disant " Ami, je ne peux pas respirer dans cette boite, je t'en prie libère m'en. Malgré la pilule, Sadhan se leva à cinq heures et demi comme il l'avait fait toute sa vie. Inspiré par la clair lumière de l'aube il se leva avec une solution à son présent problème. Il débutât par l'arrivée de la tête, mais rien n'empêchait de s'en débarrasser et de mettre ainsi fin ses soucis. Comme l'aube apparaissait, avant de faire autre chose, Sadhan fourra le paquet dans un grand sac de marché, l'emballage était en bon et pas une goutte de sang n'avait coulé de la boite. Il prit vingt cinq minutes pour rejoindre Kaligat en autobus. De là, à pied, il rejoignit la rive de l'Adiganga trouva un coin assez isolé et jeta le paquet dans la rivière aussi loin qu'il put. Il le perdit de vue, Sadhan sorti du bois. Trente cinq minutes pour retourner à la maison. En entrant, la pendule murale de Shorashi sonnait sept heures. Il lui parut soudain que depuis quelques jours, il oubliait quelque chose. C'est choses arrivent quand on dépasse vingt cinq ans. Nilmoni lui avait conseiller de manger beaucoup d'épinards pour cela. Aujourd'hui Sadhan devait partir une heure plutôt que d'habitude parce qu'il avait des choses à faire au travail. Alors qu'il entrait à "l'Échange Moderne", la boutique de Russell Street, le propriétaire, Monsieur Tulsi, vint vers lui avec un grand sourire
"Comment est la pendule ?"
" Vous l'avez envoyé ?"
"Bien sur, j'ai dis que je le ferais, vous ne l'avez pas reçue ?"
" Vous l'aimiez tant que vous m'avez donné cinq cent roupies d'acompte, vous reprendrais-je ma parole ?"
" Non, non bien sur que non"
" Vous verrez, c'est une horloge de première classe, faite par une maison française fameuse, vous avez de la chance. Et Tulsi s'en alla vers un autre client et Sadhan quitta le magasin.
Pouvait-il y avoir un doute que Danajoy ait entendu "Modern" comme "Madan" et. Et qui peut nier que Madhu Maiti ait eu sa revanche ?
11:13 Publié dans un conte | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : satyagit ray





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