17.11.2009
Mon Oncle Inutile
Le mot inutile s’applique à beaucoup de gens, par exemple, notre domestique Nobokesto.
Dans notre enfance, nous entendions, notre mère dire fréquemment, « Nobo, tu es parfaitement inutile. »
Mais Nobo était bon travailleur, bien qu’une extrême lenteur se trouvait parmi ses défauts.
Les après-midi, il prenait des siestes assez longues et la théière était servie à 4 heures et demi plutôt qu’à 4 heures. Alors Maman le tançait de ce mot. Je ne sais pas si le mot inutile s’applique de façon plus appropriée à qui que ce soit d’autre que Sejokaka. (1) qui avait pour sobriquet Khetu et pour nom complet Khetramohan Sen.
Un des cinq frères de mon père, l’aîné, ensuite suivait Mejo, Sejo, Sona et Choto. A l'exception d'oncle Sejo, tous réussirent dans la vie. Papa, un avocat bien connu, Mejo obtint une maîtrise de littérature et d’histoire et devint un professeur respecté. Sona récolta assez d’argent dans les affaires pour acheter 3 maisons, Choto reçut l’approbation des maîtres musulmans les plus réputés et 36 médailles de gens fortunés pour son excellence en musique classique indienne.
Et qu’arriva-t-il à oncle Tejo ? Son histoire ne peut se résumer à quelques mots. Il y avait-il eu un tremblement de terre le jour de sa naissance. Pour beaucoup, c’était la cause de sa confusion. La varicelle et la petite vérole, fait partie de l’enfance de chacun, mais lui, il les avait eues toutes les deux. Périodiquement il avait aussi la coqueluche, la diphtérie, la dengue, de l’eczéma et la variole. Enfant, il hurlait à devenir bleu était pris de hoquets, puis perdait connaissance. Arrivé à l’age de 7 ans, son bégaiement se fit apparent, à 9 ans et demi, le hoquet disparut en tombant d’un goyavier. Mais cela lui cassa aussi la cheville et comme le docteur Biswas ne put réparer la cassure adéquatement, après oncle Sejo marcha avec un léger boitillement. Il ne pouvait plus participer aux jeux sportifs. En plus, l’extrémité de ses doigts manquait de sensibilité pour jouer au carrom et son esprit n’était pas équipé pour les cartes et les échecs. A l’école, il passait ses examens trois fois sans réussir. Alors, son père, c’est à dire mon grand-père, mit fin à ses études. Il dit : « Khetu, tu es des plus inutiles, dépenser de l’argent pour ton éducation, c’est jeter de l’argent à la rigole, mais je ne peux te garder pendu autour de mon cou comme un albatros. A partir de maintenant, tu accompagneras Bhombol au marché pour apprendre à acheter des épinards, des légumes, du poisson et de la viande. Après quoi tu feras les courses de la famille. » Bhombol était de la famille lointaine de mon père, il étudia et grandit jusque l’age d’homme chez nous. Assez longtemps, oncle Sejo accompagna Bhombol au marché. Un jour, nous attendions des invités à la maison, Grand-père mit 2 billets d’une roupie dans la poche d'oncle Seko et dit : « Voyons ce que tu vas acheter, aujourd’hui, le fardeau des commissions est sur tes épaules. » Ce fut la dernière qu’il fit le marché de la famille. Avant de le rejoindre, il perdit l’argent par un trou dans la poche de se chemise, qui se mêla à la poussière du chemin. Qui aurait confiance en Sejokaka après sa mésaventure ?
Mon premier souvenir de lui quand j’avais trois ans le soir de Kalipuja. Quand je vous l’aurais raconté, vous comprendrez pourquoi je m’en souviens. Oncle Sejo rampe sur le sol de la véranda et je suis sur son dos. Soudain, un pétard jeté d’une maison voisine atterri dans le hamac de la véranda. Oncle Seko crie « Damnation » et en se relevant, il me jette sur le sol pavé. En tombant, je me fais un crin à la tête qui saigne à profusion. Ce jour là, il dut subir les terribles reproches de presque tout le monde à la maison. Mais j’ai eu pitié de lui, personne ne le respectait ni le considérait comme humain. C’est pourquoi, en grandissant, je ressentit de la compassion pour mon oncle. De taille moyenne et de complexion claire, la joie et le chagrin se disputaient son visage. Les hommes peuvent être intelligents, industrieux, et alors quoi ? Quel mal peut bien faire, dans une ville qui s’entrechoque, un homme comme oncle Sejo ?
Quand j’en avais l’occasion, je montais dans sa chambre, au premier et m’asseyais près de lui pour lui raconter des histoires. Après un moment, j’ai réalisé l’inutilité de mes narrations puisqu’il ne pouvait garder l’histoire en mémoire jusque la fin.
« Et puis, oncle Sejo ? »
« Après… Hmm. Après. Attends, uh.. ce qui s’est passé après…après… »
Pendant qu’il grommelait, après, il s’essoufflait comme un harmonium se vidant de son air. Abandonnant l’histoire, il se mettait à fredonner faux et à la fin de la chanson, jetait la tête en avant assoiffé, Oubliant l'histoire, il baragouinait encore un peu. Je compris alors qu’il ne pouvait rassembler l’effort de se rappeler l’histoire, je sortis en catimini de la chambre, Oncle Sejo n’appelle plus. Un jour, à 12 ans, je le trouvais dans sa chambre lisant un tome épais avec grand enthousiasme. En réponse à ma question, il réplique, « un livre d’Ayurveda. »
« Pourquoi lis-tu ce livre ? »
Après un instant de réflexion, il répond gravement, « Si ce n’est pas une maladie, qu’est-ce que c’est ? »
« Quoi ? »
« Je ne peux rien faire, je ne me souviens de rien, rien n’entre dans ma tête, si ce n’est pas une maladie, qu’est-ce que c’est ?
Que pouvais-je dire ? « Ces choses arrivent, oncle Sejo. »
« Pourquoi n’y il aurait-il pas de remède ? »
Je dis « Tu veux dire que tu vas te soigner toi-même ? »
Je savais, pour dire vrai, que personne n’avait jamais songé à le mener chez le docteur pour sa faiblesse d’esprit après ses maladies d’enfance. , Après lesquelles, généralement, il s’était bien porté. Oncle Kaka disait « Sur le chemin de Cox Bazaar, j’ai trouvé ce livre pour 10 annas. Peut-Être, me sera-t-il utile et j’espère qu’il existe une cure ayur-védique même pour ma maladie. » 2 jours plus tard dans l’après-midi, pendant la saison des pluies, comme j’approchais de la maison, je vis qu’il se préparait à sortir, chaussures de toile, son dhoti bien serré entre les jambes, un drap de coton sur la poitrine et une ombrelle à la main. Il dit, « J’ai entendu parlé d’un arbre spécial dans le voisinage, derrière les ruines du temple de Civa, je vaux ses racines et si je les obtiens tous mes problèmes seront réglés. »
Oncle Kaka s’en alla, le ciel s’assombrissait, s’il pleuvait, il ne pourrait réaliser son plan.
J’errai au rez de chaussée pour une plus ou moins heure, puis, je me rendis en haut dans ma propre chambre. La pluie n’arriva pas et comme le soir arrivait, je le vis revenir, je descendis à temps pour l’accueillir à la porte.
« Tu as la racine ? »
« Non, j’ai oublié quelque chose, j’aurai du prendre une torche, cet endroit est une jungle bien trop sombre. »
« Mais qu’est ce que c’est ? »
Pendant qu’il parlait, mes yeux avaient remarqué une tache rouge au milieu de sa chemise.
« Tiens, je ne l’ai pas remarqué. »
Aussitôt qu’il ouvrit sa chemise, une sangsue apparut, comme Bhima suçant le sang de Duryodhana. Mêlée de son sang, il l’enleva d’une chiquenaude, elle tomba par terre avec un petit bruit mou. Mais qu’est-ce qu’une sangsue pouvait bien faire à l’oncle Sejo ? De son épaule, de son coude,, de ses cuisses, ses genoux, poignets et chevilles, on lui retira 14 sangsues. Pas de doute qu’il perdit 5 ou 6 onces de sang ce jour là. Inutile de dire, que cet incident mit fin à ses études sur l’Ayurveda. Je faisais de bonnes études, après mes préparatoires, je changeais d’université. Troisième aux examens, je voulais étudier les sciences et m’en fut à Calcutta. Je vécus à l’hôtel en apprenant ma maîtrise, Premier de la première classe, je partis pour l’Amérique et devint un scientifique connu. Finalement, à l’université de Chicago, je pris un double poste d’enseignant et de chercheur. Si loin de la maison, mes liens avec oncle Sejo devinrent fort épisodiques. Juste quand je commençais à enseigner, je reçus d’étranges nouvelles, une lettre étrange. Oncle Sejo avait eu la chance de jouer dans un film. Ici, je dois dire de l’apparence d’oncle Sejo présente une certaine ressemblance avec Swami Vivekananda. Non pas en corpulence car il était plus petit mais pour tous il y avait une ressemblance frappante dans la face. Un jour qu’il entendit qu’on allait faire un film à propos de Ramakhrisna Paramhamsa dans lequel apparaîtrait le personnage de Vivekananda, oncle Seko rencontra personnellement le réalisateur et exprima le désir de jouer le rôle Il n’eut aucune difficulté à l’obtenir avec sa ressemblance. Juste une semaine plus tard, dans une autre lettre, j’appris que c’était fini, parce que bien qu’en renfermant dans sa chambre et en annonant ses lignes furieusement, Si Vivekananda répond à Ramakhrisna les lignes de la troisième scène pendant la première. Comment oncle Seko pouvait-il continuer à jouer ? . Même comme acteur, oncle Seko était parvenu à établir qu’il était complètement inutile. L’année de mes 48 ans, je lus une lettre de mon jeune frère, il m’écrivait qu’oncle Seko était parti à Coimbatore pour se faire l’élève d’un sâdhu. L’année dernière, je du me rendre à Calcutta au début de décembre pour le mariage de Kakali la fille d’oncle Choto, Mon épouse et mes deux filles complètement américanisées. Depuis la dernière lette, je n’avais plus eu de nouvelles d’oncle Sejo. On m’apprit qu’il se trouvait justement dans cette ville pour sa santé, j’étais naturellement pressé de le rencontrer. J’avais soixante ans, il devait bien en avoir nonante. J’entendis qu’il habitait sur la route de Fern, chez le fils de sa sœur, qui était docteur. On s’est vu pendant trois mois. Apparemment, il ne pouvait rien entendre à la religion et ses dix années passées à Coimbatore ne lui en avaient pas apporté les secours. Il avait perdu trente kilos. Quand il entendit que je venais, il avait dit à son neveu le docteur, dis à Jhontu qu’il vienne me voir au moins une fois. »
Un dimanche soir, j’y allais. On bardait la maison, au second étage, dans la pénombre, éclairé d’une simple chandelle hésitante était assis oncle Sejo, penché sur un lit de camp, un étroit châle en roulé au cou.
Je sus, tout de suite, que c’était lui, et je dois dire que pour un homme de son age, il se portait bien. Ses cheveux étaient complètement gris mais en avoir, à cet age, c’est déjà pas mal. Sa bouche s’ouvrit d’un sourire quand il me vit. On y voyait toujours une douzaine de vraies dents. Sa voix s’était affaiblie, il parlait de façon notablement vigoureuse, que je ne lui avais jamais connu. Sans doute, désormais aîné, il n’avait plus à baisser la tête devant ses frères. Son attitude semblait plus digne.
« Alors Jhontu » dit oncle Sejo, « Dis moi ce que tu fais en Amérique. »
Je décrivis mon travail avec le plus de modestie possible.
« Physique, Recherche ? » dit oncle Sejo, « Les gens te respectent-ils ? »
Ma tante de septante ans interrompit mes humbles bégaiements et se mit à exposer ma gloire dans un crescendo hyperbolique.
« Oh ! Vraiment ? » dit Sejo « As-tu eu le prix Nobel, au moins ? »
Je secouais la tête avait un léger sourire
« S’il y a bien quelque chose à désirer alors, c’est parfaitement inutile ! »
Alors que je commençais à parer ses proclamations théoriques, je disparus sous la surface de la tirade de Sejo.
« Tu es parti pour vivre dans un autre pays, quand je pensais que tu trouverais la paix à Calcutta. Tu vas passer les derniers jours de ma vie avec moi. Dis moi ce qui se passe ici, les vautours ont rongé cette ville jusqu’à l’os, 10 heures par jour sans électricité, on ne peut échapper aux brouillards et aux fumées. Tout est cher et l’estomac ne peut se satisfaire d’une si pauvre nourriture. Tout est si… si inutile ! ».
Ce jour là je réalisais que mon affection pour oncle Sejo était intacte, L’écouter restait encore un délice, il m’apparut l’esprit que nous avions peut-être tort ensemble, Les dispositions d’oncle Sejo étaient naturellement saines ; que dans cette parfaite création, nous étions les inutiles.
Ce n’était pas vraiment exact comme oncle Sejo le prouva quelques jours plus tard.
Un matin, je reçus un coup de téléphone de la maison de ma tante me disant qu’oncle Sejo avait quitté ce monde à l’aube. Il fit pour mourir le choix qu’il fit de sa vie. Le soir de ce jour était celui du mariage de mon cousin.
Notes
1 Kaka signifie en Bengali « oncle »
2 Mejo et Sejo veulent dire en bengali second et le troisième dans l’ordre de la naissance. Après on peut choisir, Sona signifie Or et Choto le cadet.
Littérature indienne, petites histoires du Bengale vol XXXII n°1 (jan-fev ; 1981)
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Les soupçons de Monsieur Sadhan
Quand Monsieur Sadhan, revenu du travail trouve une brindille sur le sol de sa chambre. L'ameublement y était tout ordinaire, une couchette, un bassin, un pot d'eau sur une chaise. La moindre particule de poussière dans les coins lui était insupportable. Son linge bien rangé, éclatant. Bien que prosaïque, Sathan laisse ses taches
Domestiques au domestique. Il leva le nez à la vue de la brindille.
"Pocha !"
Il se présenta
"Vous m'avez appelé, Monsieur ?"
"Que veux-tu dire, tu en doutes ?"
"Non Monsieur, pourquoi en douterais-je ?"
"Pourquoi cette brindille sur le sol ?"
" Je ne sais pas, Monsieur, un oiseau l'a peut-être perdu".
" U oiseau qui l'a apporté pour construire son nid l'aurait-il perdu, pourquoi ? tu ne l'as pas vue en balayant ou n'as-tu pas balayé du tout"
" Je balaie chaque jour, Monsieur et cette brindille n'était pas là".
"C'est la vérité ?"
"Oh oui, Monsieur ".
"Tout de même, c'est bizarre ".
Le matin suivant avant d'aller au bureau Sadhan vit un moineau et suspecta qu'il projetait de construire son nid. Mais ou ? Où dans l'appartement ? Dans l'encadrement de la fenêtre, çà se pourrait. Il commençait à se demander pourquoi, dans cet immeuble de trois étages à sept appartements, c'était sur le sien que l'animal avait jeté le regard. Qu'est ce qui pouvait bien y attirer un oiseau ? Après y avoir beaucoup pensé, Monsieur Sadhan se demanda si ce n'était pas sa nouvelle brillantine parfumée. D'après Nilmoni, du second étage, c'était un remède contre les pellicules. Son odeur forte attire peut-être les oiseaux. Il se posait la question si son domestique ne répandait pas de lotion pour faire de son appartement, un genre de sanctuaire pour les oiseaux. En réalité, sa paranoïa était bien connue de chacun au 72 de la rue de Mirjapur, et çà les faisait bien rire.
" Hé salut, c'est quoi le nouveau soupçon aujourd'hui ? "
Il avait à entendre ce genre de questions presque à la fin de chaque journée. Et pas seulement des questions, ils avaient aussi d'autres façons de le tirer en bouteille. Le soir, Sedan se tenait à la table de la partie de carte habituelle qui se tenait chez Nobendu Chatterjee dans le studio du premier étage. Un jour, en y allant, Nobendu lui passa un petit billet de papier froissé et dit,
" Regardez ceci, Monsieur et voyez si quoi que ce soit vous paraissez suspicieux. On l'a jeté de la fenêtre".
En réalité, cette page était arrachée du livre de calcul de la fille de Nobendu. Sadhan aplati le papier, le lit un moment et dit,
"Il semble qu'une sorte de code avec des nombres est écrite dessus".
Nobendu regardait Sadhan sans un mot
" Mais nous devons le tirer au clair," dit Sadhan, " c'est peut-être une menace. Dans ce cas…"
Naturellement, le code ne fut jamais déchiffrer, mais ce n'était pas important. DE ce chiffon de papier les soupçons de Monsieur Sadhan prirent la tangente, se mit à penser que tout Calcutta était un tripot plein de joueurs décevants et de menteurs compulsifs. Dans ces conditions, les soupçons lui servaient de légitime défense
Un jour, en rentrant du travail, Sadhan trouva un gros paquet sur sa table. D'abords, il se dit qu'il était là par accident. Qui lui enverrait un paquet comme celui-ci ? Il n'attendait rien.
Il alla vers lui et vit que son nom ne se trouvait pas sur le paquet, ce qui augmenta sa méfiance.
Ayant sonné son domestique, il demanda,
" D'où viens ce paquet ? "
"Monsieur, un homme est venu cet après-midi et l'a donné à Dannajoy, il vous a demandé et a dit qu'il était à vous".
"Que contient-il ? , Qui l'a envoyé ? C'est tout ce qu'il a dit ? "
"Oui, Monsieur, c'est tout ".
Après avoir mis son châle à la patère, Sadhan s'assit sur le lit, c'était un gros paquet, presque assez pour y mettre un petit homme. Mais impossible de savoir qui l'avait envoyé.
Il se leva du lit retourna vers le paquet et le soupesa, il pesait, au moins, cinq kilos. Il tenta de se souvenir quand il avait reçu un pareil emballage pour la dernière fois. Oui, sa tante qui habitait à Karoda lui avait envoyé de la pulpe de mangue (aamsotto), il y a trois ans de cela. Elle était morte depuis trois mois. Aujourd'hui, Sadhan n'avait plus de parents même éloignés. L'absence de lettre ne fit qu'augmenter sa perplexité.
Et s'il y en avait une, elle s'était perdue par la négligence de Dananjoy.
Maintenant, il fallait parler à Dananjoy. En se disant qu'il ne fallait pas le faire appeler, il descendit au rez de chaussée. Danajoy était dans la cour avec un mortier et s'escrimait à moudre quelque chose.. Il se leva à l'appel de Sadhan.
"Quelqu'un vous a donné un paquet pour moi aujourd'hui ?"
"Oui, Monsieur ".
" Et pas de lettre avec ?"
"Non, Monsieur"
"A-t-il dit d'où il venait ?"
"Il a mentionné un nom comme "Madan" ou quelque chose, je n'en suis pas sur ".
Sadhan ne se souvenait de personne de ce nom. Qui sait ce que l'homme avait vraiment dit ? Sadhan avait toujours soupçonné que Danajoy était sot.
" Il n'y avait pas de reçu avec le colis ? "
" Oui, Monsieur et il l'a signé ".
"Qui ? Shorashi ?"
"Oui, Monsieur ".
Bon, c'était inutile de questionner Shorashi, Il avait signé un bout de papier…Sadhan
sans faire attention de l'origine de l'envoi.
Sadhan retourna à son appartement. C4était novembre et on pouvait clairement sentir les premiers frimas de l'hiver dans l'air du soir. Bientôt, ce serait Kalipuja. Les préparations allaient bon train et parfois, on pouvait entendre un pétard exploser.
"Boom !"
Ce pétard avait explosé dans le voisinage. Juste à cet instant, un choc parcouru le dos de Sadhan.
"Une bombe à retardement !"
Il y avait peut-être une bombe à retardement dans le paquet attendant son moment pour sauter, et mener ses activités en ce monde, à leurs fins. On entend parler de ces bombes partout ces temps-ci, c'était une arme de choix pour les terroristes internationaux, mais qui lui enverrait une bombe et pourquoi ? Aussitôt qu'il se formula ces questions Sadhan se rappela, que dans sa profession, on ne manquait jamais d'ennemis. Il devait même graisser la patte pour obtenir des contrats, tout comme ses adversaires en affaires. Quand il en gagnait un, tous les autres concurrents devenaient ses ennemis jurés, çà arrivait souvent.
"Pocha !"
Il entendait sa voix, était à peine audible, Son gosier sec comme du carton.
Pocha se montra quand même.
" Vous appelez Monsieur ?"
Mais étais-ce une bonne idée ? Sadhan avait pensé qu'il dirait à Pocha de mettre son oreille et écouter pour un bruit de tic-tac mais si le paquet…
Sadhan ne pouvait plus penser, Pocha était toujours là attendant les ordres de son maître, Il fut forcer de dire qu'il l'avait appelé par erreur et qu'il n'en avait pas besoin.
Sadhan n'oubliera jamais cette nuit, parfois, il se réveillait, pris d'indisposition, mais pour la première fois, il avait passé la nuit entière, assis sur son lit, trempé de sueur froide, au bord d'une terreur consciente.
La bombe n'ayant pas explosé durant la nuit, il regagna une certaine confiance. Il décidât d'ouvrir le paquet le soir même. Il réalisa même, que ses soupçons se trouvaient exagérés.
Mais quelque chose arriva ce soir là et le paquet resta fermé.
La plupart des gens lisent tout le journal, mais pas Sadhan, il lisait rapidement les titres de chaque page. C'est pourquoi il n'avait pas vu la nouvelle d'un meurtre au Nord de Calcutta, Il ne l'apprit que le soir ; il entendit une conversation animée en passant devant l'appartement de Nobendu Chatterjee en rentrant du bureau.
Un meurtre, allée Patuatola, Shibdash Moulik, le nom de la victime, ce nom déclencha des souvenirs lointains dans la mémoire de Sadhan. Il avait bien connu Moulik, étais-ce Shibdash, son nom ? Possible. Il avait vécu allée Patuatola avec Moulik pour voisin. Il y jouait aux cartes tous les soirs. Tout le monde l'appelait Moulik alors Sadhan ne savait pas son prénom, deux autres y allaient Sukhen Datta et Madhushudan Maiti. Il n'avait jamais rencontré un caractère si traître que ce dernier, Absolument convaincu que Maiti trichait aux cartes, il l'en accusa un jour. La réaction fut terrible. Sadhan découvrit qu'il gardait toujours un couteau dans la poche. Et, c'est grâce à Moulik et à Shukken Datta s'il vivait vivais encore aujourd'hui. Après quelques succès en affaires, Sadhan déménagea la maison de l'allée Patuatola vers la rue de Mirjapour, oubliant ses relations avec Moulik et compagnie. Ce qui ne lui fit pas perdre sa manie des cartes ni sa manie paranoïaque, Mais d'autres changements eurent lieu, il passa de la bidis à la cigarette, sa vêture s'améliora et se rendait parfois dans les boutiques
Pour acheter du bric-à-brac pour son appartement, une peinture, un vase ou un cendrier d'importation. Son existence des sept dernières années se déroula ainsi.
Si l'homme assassiné était bien le Shibdash Moulik qu'il avait connu, alors c'était Madhu Maiti. Sadhan en était certain
"Comment l'a-t-on tué ? " demanda-t-il.
" Brutalement," dit Nobendu Chatterjee. " On n'a pas pu identifier le corps. Ils ont trouvé son nom sur un agenda trouvé dans sa poche ".
"Pourquoi n'a-t-on pas pu identifier le corps ? "
" Il n'y avait que le torse, la tête avait disparu ".
Pas de tête, çà veux dire …"
" Chop Chop !" Nobendo démontra ceci en levant sa main repliée au-dessus de sa tête et en l'abaissant violemment. " Ils n'ont pas trouvé ou le meurtrier avait mis la tête".
"Ont-ils trouvé le meurtrier ? "
"Il s ont trouvé un jeu de cartes ou se trouvait Moulik et la police pense qu'il y a un lien ".
En montant les escaliers, Sadhan réalisa que sa tête tournait. Le moment de l'accusation de tricher aux cartes lui revenait clairement en face des yeux. Il échappe au coup de couteau mais se souvint longtemps du regard plein d'une haine brûlante de Maidi. ET il se souvenait Maidi disant,
"Tu ne me connais pas, Sadhan ! Tu t'en tires aujourd'hui, mais j'aurais ma revanche, Peut-Être aujourd'hui peut-être dans dix ans !" Il l'avait juré. Sadhan avait pensé qu'en quittant l'allée Patuatola, il y échapperait, mais…
"Et si ce paquet venait de Madhu Maiti ? Le domestique avait dit "Madan". Pas de doute, Dananjoy était dur d'oreille il n'y a pas beaucoup de différence entre Madhu et Madan. Madhu ou ses gens avaient envoyé ce paquet
et le bordereau pour être certain qu'il arriverait chez lui.
La tête de Shibdash Moulik se trouvait dans le colis !
Entre le sommet de l'escalier et sa chambre, Sadhan s'amarra à cette idée. De sa porte, il pouvait voir le paquet placé sur la table près du vase. Soudain, à la fois le poids et la dimension indiquait clairement ce qu'elle contenait. Pocha resta là, un peu surpris de voir son maître stationnant dessous le chambranle. Après une énorme réflexion, il parvint dans sa confusion à articuler au domestique de lui apporter du thé..
"Quelqu'un est venu pour moi aujourd'hui ?"
"Non, Monsieur."
"Hmm."
Il se demandait si la police n'était pas venue quand il était parti. Que lui arriverait-il s'ils trouvaient une tête dans son appartement ? Çà le fit suer. Il retrouva un peu de force en avalant le thé. Au moins, ce n'était pas une bombe.
Une chose était certaine. S'il devait passer la nuit entière assis à coté d'une boite avec une tête dedans, il allait devenir fou. Une pilule le fit dormir de suite mais il ne put échapper à ses cauchemars. A un certain moment il se voyait jouer aux cartes avec Moulic décapité. Après, ce fut la tête sans corps qui venait vers lui disant " Ami, je ne peux pas respirer dans cette boite, je t'en prie libère m'en. Malgré la pilule, Sadhan se leva à cinq heures et demi comme il l'avait fait toute sa vie. Inspiré par la clair lumière de l'aube il se leva avec une solution à son présent problème. Il débutât par l'arrivée de la tête, mais rien n'empêchait de s'en débarrasser et de mettre ainsi fin ses soucis. Comme l'aube apparaissait, avant de faire autre chose, Sadhan fourra le paquet dans un grand sac de marché, l'emballage était en bon et pas une goutte de sang n'avait coulé de la boite. Il prit vingt cinq minutes pour rejoindre Kaligat en autobus. De là, à pied, il rejoignit la rive de l'Adiganga trouva un coin assez isolé et jeta le paquet dans la rivière aussi loin qu'il put. Il le perdit de vue, Sadhan sorti du bois. Trente cinq minutes pour retourner à la maison. En entrant, la pendule murale de Shorashi sonnait sept heures. Il lui parut soudain que depuis quelques jours, il oubliait quelque chose. C'est choses arrivent quand on dépasse vingt cinq ans. Nilmoni lui avait conseiller de manger beaucoup d'épinards pour cela. Aujourd'hui Sadhan devait partir une heure plutôt que d'habitude parce qu'il avait des choses à faire au travail. Alors qu'il entrait à "l'Échange Moderne", la boutique de Russell Street, le propriétaire, Monsieur Tulsi, vint vers lui avec un grand sourire
"Comment est la pendule ?"
" Vous l'avez envoyé ?"
"Bien sur, j'ai dis que je le ferais, vous ne l'avez pas reçue ?"
" Vous l'aimiez tant que vous m'avez donné cinq cent roupies d'acompte, vous reprendrais-je ma parole ?"
" Non, non bien sur que non"
" Vous verrez, c'est une horloge de première classe, faite par une maison française fameuse, vous avez de la chance. Et Tulsi s'en alla vers un autre client et Sadhan quitta le magasin.
Pouvait-il y avoir un doute que Danajoy ait entendu "Modern" comme "Madan" et. Et qui peut nier que Madhu Maiti ait eu sa revanche ?
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L'illusionniste
L'illusionniste
Steven Millhauser ne trafique pas dans les dans la perturbation émotionnelle ni dans le conflit interpersonnel.
La plupart des auteurs de fiction essayent de faire ressembler leurs personnages à des gens réels, mais Millhauser, lui, les aplatit, donnant de ses livres l'impression d'être plus vrais que vrais. Pour lui, une observation méticuleuse fait le travail de la psychologie. Il est presque notre animiste de pointe, dans ses histoires, les mannequins sortent du magasin par la fenêtre et des peintures tapent sur le chapeau du quidam de passage. Ses véhicules pour ces effets sont les paraboles et la confession. Chaque phrase de Millhauser recèle une tranquillité inquiétante qui la rend immédiatement reconnaissable, au sentiment que chacune d'entre elle est enregistrée pour la postérité par le dernier homme vivant. Les 13 histoires terribles de "Rires Dangereux" nous réintroduisent dans un étrange royaume, fondé il y a cinq ans, dans sa collection précédente, " Le Roi dans L'Arbre " Après la première histoire décrite comme un croquis d'introduction, il divise le reste en trois sections " Les actes qui disparaissent", "Architectures impossibles" et " Histoires hérétiques". ( Vous pouvez recomposer les noms et les adjectifs à souhait).
Ensemble, elles représentent la galerie typique de Millhauser de miniaturistes obsédés, des adolescents papelards fascinés en quête de mystérieuses filles évanescentes et des observations à propos des futures dystopiques que font miroiter avec une confiance malade, les politiciens des villes. Avec les années l'élégante prose milieu vingtième s'est encore affermie, alors, il déplace ses thèmes choisis avec davantage de confiance et de puissance. Dans l'épisode appelé " Les actes qui disparaissent", Millhauser présente des gens qui, d'une facon ou d'une autre cessent d'exister. L'histoire titre montre une collégienne ordinaire, avec un talent pour le rire orgasmique et qui profite de sa popularité. Quand, l'épidémie d'hilarité s'abat, un jour d'été, sur une foule d'adolescents la tue après que ses condisciples l'avaient jeté par la fenêtre pour aller au balayage communal. Le narrateur adolescent de " La Chambre dans le grenier ", se lie d'amitié avec Wolf, un nouveau compagnon de classe sympathique, préoccupé par la maladie inconnue de sa sœur qui la garde hors de l'école. Ce couple, Isabelle et David, gardent leur relation secrète pendant des mois dans une chambre obscure, ne se connaissant que par la voix et d'occasionnels attouchements. Davis grandit, tranquillement obsédé, mais le climax, quand Isabelle s'apprête à ouvrir les rideaux, il s'échappe et quand il revient quelques jours plus tard, elle a disparu envoyée, d'après sa mère, chez une tante dans le Maine. "Elle adorait les jeux, tous les jeux ", il s'en rappelle et se demande si ce n'était pas finalement son propre jeu, plus rêve que réalité. La personnalité glissante est aussi le thème de " La disparition d'Hélène Coleman " à propos d'une femme qui retourne dans son appartement loué et qui n'en ressort plus. La police enquête et ne trouve aucune trace de crime ni d'Hélène Coleman. La porte était fermée, la clé à l'intérieur, avec la porte feuille de la femme. " C'est vrai qu'une chose vue ne s'oublie pas ". Le narrateur ne se demande seulement pour reconnaître que c'est que c'est faux. Elaine Coleman, conclut-il, disparaît graduellement, " s'évanouissant, fixée par la longue habitude de passer inaperçue. La partie nommée "Histoires érotiques" contient une série alternée de passé récent. Harlan Crane, le sujet de “Un précurseur du cinéma” est petit illustrateur à New York durant la période préhistorique de l'industrie du film, à l'époque, quand une montagne de beaux jouets, de spectacles et d'amusement produisaient des impressions de mouvement vivantes et éclatantes. Les peintures de Crane exposée dans son théâtre phantoptique, sont si vivantes que beaucoup d'observateurs les voient vraiment bouger. L'illusion ou peut-être une hallucination partagée, d'après la spéculation de certains journaux mènent à des rixes et à la mort du spectateur, La ville ferme le phantoptique avant le lien potentiellement remarquable au monde inanimé ne puisse être confirmer. Thomas Edison domine " Le Magicien d'Orange Ouest", qui travaille sur une invention appelée Haptographe, machine qui, une fois perfectionnée, donnera à ses utilisateurs l'impression d'être touché. Mais à la dernière minute, une recherche plus rémunératrice, un séparateur de lingots captive l'imagination d'Edison. Le microscope du toucher est remis sur une étagère avec ses potentiels pour de nouvelles formes, de nouveaux touchés, tout un monde enfermé. Un objet qui fera apparaître le phonographe comme un jouet intelligent sans plus, croit le narrateur agité. Dans le remarquable "Ici à la Société Historique ", un narrateur anonyme défend la décision d'une petite société dans une ville de province d'améliorer ses expositions. Les vieux mousquets typiques et les têtes de flèches en silex des "Indiens Setaucus " avec l'éphémère de ce qu'il appelle le nouveau passé, par exemple de signes de voirie, des extincteurs, des poteaux de téléphone de notre ville, chaque pièce de monopoly et chaque raquette de badminton.
Il y a des assistants qui comptent les aiguilles de chaque sapin et chaque parcelle de mica sur toutes les tuiles de chaque toit. Comme argument le narrateur est que le soleil se reflétant sur un morceau de cellophane reposant entre les chiendents d'une route parle plus éloquemment que l'histoire de Rome et conclut en offrant les clés de son univers fictionnel que " Le présent est le seul passé que nous ne connaîtrions jamais ". Les histoires sur les sociétés d'un future proche en quête de progrès techniques sont réunies sous le titre "Architectures Impossibles ". Dans "Le Dome", quelques individus, puis des villes entières et finalement une nation sont couvertes progressivement de domes de plus en plus grands, d'abord manufacturés par Viviglas, puis par Slenpidmax enfin par la société Celestilux Supérieur. La communauté au centre de "L'Autre Ville" conçoit son sens des réalités d'une ville adjointe identique ou chaque détail, jusqu'à la corde à sauter à manches rouges dans le jardin de Langley, est reconstitué à l'identique et tous les détails mis à jour en temps réel par des "maîtres réplicateurs". La ville dans "La Tour" vit dans l'ombre d'un édifice sans cesse grandissant, incarnation de l'ambition de se libérer de la mort et qui physiquement, aux derniers moments de l'histoire s'effondre. La dernière histoire mêle les nuances de la bible et de 9/11. "L'Autre Ville" semble un commentaire sur nos existences dominées par la télévision, Dans "Le Dome" le pays n'est plus un centre commercial mais une immense salle de spectacles fait penser que le véritable sujet de Millhauser est l'Amérique contemporaine. Mais, dans ce monde post moderne, le sens n'est jamais dévoilé. Ce sont des fables et non pas des allégories, leurs qualités hermétiques nous découragent d'errer hors du texte. Raison pour laquelle semble moins un disciple de Jorge Luis Borges, auquel on le compare parfois, que de Shirley Jackson ou même de
"Twilight Zone". Ces nouvelles sont offertes à votre appréciation, rien de plus. Millhauser commença son voyage inhabituel en 192 par une biographie parodique “Edwin Mullhouse : La vie et la Mort d'un Ecrivain Américain 1943-1954 ”. Supposée écrite par un contemporain précoce et attentif Jeffrey Cartwright. Tout les thèmes travaillés par l'auteur dans les dernières années se trouvent dans ce premier livre : le moi instable, la différence tranchante entre le reve et la réalité. Le pouvoir d'hystérie de la jeunesse. La manière avec laquelle Millhauser convoie un monde suburbain ou un glissement tranquille du soi prenait plus de place que la violence correspond à peu près à cette époque. Ses caractères n'on pas apparus ou disparus. Ils vivent sous le ciel indifférent du Connecticut, amarrés à la réalité par leurs pensées et par leurs livres. Depuis lors, une vigilance visuelle affinée, qui fait le fond de son style es son possesseur, sont arrivés à quelques succès. Peu de choses ont change pour Millhausser. Mais pas pour nous, plus de trente ans plus tard avec la vie vécue partout ouvrant la voie à l'internet et à la télévision réalité. Les chroniques qu'offre Millhauser de notre paysage semi-habité ne sont pas seulement brillantes mais aussi presciente.
By D.T. MAX
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Le binôme Aryens/Dravidiens est-il valide ?
Subhash Kak est l'auteur du code astronomique du Rigveda, A la recherche du berceau de la civilisation ainsi que de nombreux papiers. Sur la science indienne aux origines y compris un écrit décisif de 1997 établissant que la chronologie conventionnelle des textes anciens est fausse.
Nous comprenons tous la construction de l'orient par l'occident comme besoin de satisfaire un besoin d'auto représentation dans sa relation à l'autre. Pour justifier son ascendant, l'autre est désigné comme inférieur et primitif, despotique et féodal. La définition s'est trouvée facilitée par un usage sélectif des textes tout en rejetant les interprétations traditionnelles, approche appelée aujourd'hui orientalisme. Les termes de la construction n'étaient pas proprement définis. Maintenant, nous savons que la notion de race pure n'a pas de sens puisque toutes les caractéristiques extérieures de l'être humain sont définies par un continuum.
Au 19° siècle, époque du triomphalisme européen, ces étaient normatives, avec des indications qui n'ont jamais été combattues très vigoureusement. Et bien que cette époque marque les débuts de la science moderne, les vieux mythes continuaient d'exercer une grande influence.
Quand on découvrit que les langues de l'Inde et de l'Europe étaient apparentées en structure et en vocabulaire, L'Ouest répondit par une fabrique de mythes académiques. Ces mythes, appuyés sur l'érudition, informés par une profonde connaissance de l'Hébreu et du Sanscrit, fortifiés par des études comparatives de données linguistiques, par la mythologie et par la religion et mis en forme par l'identification des structures
linguistiques, les formes de pensée et les artefacts de civilisation.
Ce sont aussi des mythes, des fantaisies de l'imagination sociale, à chaque niveau. La philologie comparative
des langages les plus anciens se transforma en quête des origines, une tentative de retour vers le moment privilégié, quand Dieu, l'homme et les forces naturelles vivaient encore une mutuelle transparence. La plongée dans un passé lointain à la recherche de "racines" passa de mains en mains, foi inoubliable dans le sens de l'histoire, dans sa trajectoire, guidée par la Providence du Dieu unique, ne pouvait se comprendre que par la lumière de la révélation chrétienne. Tout en inventant les disciplines des études sémitiques et indo-européennes, ils inventèrent aussi les figures mythiques de l'Hébreu et de l'Aryen, paire providentielle, qui, en révélant, aux peuples de l'occident christianisé, le secret de leur identité, les ornait d'une patente de noblesse justifiant leur domination spirituelle, religieuse et politique (Vernant 1992). Alors que le terme "aryen" ne possède aucunes connotations raciales dans les textes indiens et les docents insistèrent sur ce fait. On supposa, plus tard, qu'aryen signifiait européen de race.
L'Europe réclama pour elle-même, les textes "aryens" comme une part de son passé oublié. Elle se considérait comme l'héritière des imaginations et du passé des Aryens et de l'idée du monothéisme des Hébreux. Cet héritage dual, était la marque de la destinée impériale de l'ouest. En dépit de son monothéisme, le pauvre juif, manquant de sang aryen, a vu la sombre silhouette des camps de concentration et la fumée s'élevant des fours. (Vernant 1992). D'autre part, Le métis d'asiate et d'aryen n'avait aucun future sinon celui d'un esclave. Il pouvait, pour ainsi dire, se racheter, s'il rejetait tout, sinon, l'origine la plus antérieure de son appartenance qui existait, quand les Aryens étaient encore une race pure. C'est le sens de la démarche à comprendre chez des professeurs comme Max Muller. La controverse deviendra ultérieurement une querelle religieuse. Se fait l'écho de saint Augustin, Muller, vit sa propre foi comme une avancée pour le progrès des asiatiques. Nous souririons aujourd'hui quand il écrit : Le Christianisme est simplement le nom de la vraie religion, religion connue déjà des anciens, depuis les débuts de la race humaine (Olender 1992)
On postula un jardin d'éden appelé langue proto Indo-européenne (PIE). L'Europe devint la patrie de ce langage auquel on attribua de nombreuses qualités pour conclure à une théorie de la race liant les Européens au foyer originel. Déclarations des porte-paroles du PIE. En s'appropriant les origines, ils s'approprièrent aussi l'ancienne littérature des Indiens et d'autres locuteurs. Sans passé, comment les nations de l'Empire aurait-elle pu trouver l'égalité avec l'ouest ? On voyait une double source à la littérature indienne, d'abord, les Védas incarnant le culte de la nature des purs Aryens additionnés d'une mixture de légendes indigènes. Le tout devint une narration de rituels irrationnels
Science et Pseudoscience
En science ou dans le discours rationnel, l'information empirique, peut, en principe, falsifier une théorie. C'est pourquoi, le créationnisme qui explique le monde fossile aussi bien que l'institution humaine en expliquant que çà a été placé là avec tout le reste par Dieu, quand il créa l'univers en 4004 avant Jésus Christ, comme ce n'est pas une théorie scientifique, c'est infalsifiable. Pour construire une théorie scientifique, on doit aussi utiliser le rasoir d'Occam, suivant lequel, l'hypothèse la plus économique rend l'information acceptable. Les mauvaises tentatives ne doivent éloigner personne de la bonne science. Pourquoi le proto Indo-européen est-il une conception erronée ? Pourtant, çà a l'air assez raisonnable : si les origines biologiques existent alors les origines linguistiques existent aussi. Et pourquoi ne croyons-nous pas que la nature du langage nous dit quelque chose à propos de la culture ? Si les Européens ont dominé l'histoire récente, pourquoi ne l'acceptons-nous pas comme une caractéristique de l'Européen ?
Donc, si les Européens dominaient les temps anciens alors l'origine du langage devait se trouver dans la sphère européenne ou l'énergie de ceux qui détenaient le langage les a menés dans tous les coins de l'Asie pour imposer leur langue aux natifs.
Plusieurs problèmes se posent avec cette idée de la langue. D'abord sur l'hypothèse que les idiomes sont définis comme des entités fixes qui évolue dans un sens biologique.
En réalité, le périmètre d'une langue se défini dans un système complexe et graduel des plusieurs langues et dialectes d'une famille. Le degré d'homogénéité dans le domaine du langage est une réflexion sur les liens ou interactions avec le domaine. Pour une langue largement distribuée, dans l'ancien monde, on doit s'attendre à plusieurs dialectes. Un proto langage unique n'existerait pas.
De plus, l'évolution de la langue dans le temps ne peut être un processus gouverné par des règles libres, de telle manière que si on l'inversait, il reconstituerait la langue primitive. Les changements dans chaque région reflètent l'interaction de tous les locuteurs avec les autres langues, la plupart étant aujourd'hui éteintes ainsi des d'autres formes variées du bilinguisme.
Troisièmement, il n'y a pas d'évidence pour confirmer ou infirmer l'existence de ce langage. On ne peut affirmer avec certitude que la relation historique attestée entre les différents langages puisse avoir émergé d'un ou de plusieurs modèles en compétition. Si on considère ce qui a prévalu dans le nouveau monde quand les Européens arrivèrent, le monde précolombien possédait une multitude langues. Et ce de cette grande diversité, qu'à procédé une quasi-extinction et qui ne sont plus parlées que par des groupes minoritaires. Lé métaphore de la perfection originelle menant à une vaste diversité doit être remplacé par la métaphore du réseau(Robb 1993).
Cela devient clair quand on considère l'héritage biologique et quand on remonte dans le temps, on trouve de plus en plus d'ancêtres
Ensuite, postuler la langue originelle dans un foyer spécifique, violente les faits. Aucune évidence n'indique que les Indous seraient très différents aujourd'hui qui ne l'étaient, il y a 8.000 ans, et même que leur aspect ait changé(Kramrisch 1981). Le marquage de cette littérature indique qu'elle existe depuis plus de 7.000 ans et qu'elle est localisée géographiquement dans la région de l'Inde. S'il n'y a pas de foyer originel, il n'y a donc pas une seule patrie non plus. Le postulat du "foyer" sans l'attacher à une période de temps définie en tombant dans le même piège logique que dans la recherche des invasions et de l'immigration. Des noms d'arbres ou d'animaux ne peuvent déterminer un foyer. Dans le réseau des langues, les différentes zones géographiques indiqueront des noms d'arbres ou d'animaux qui sont spécifiques à cette zone. Quand on examine l'analyse européenne, les noms d'arbres et d'animaux favoriseront ceux trouvés dans son climat. Dans la perspective indienne, la référence fonctionne par rapport à la flore et à la faune
Aryens et Dravidiens
C'est l'évêque Caldwell (1875) qui suggéra que les langues du sud de l'Inde : Tamil, Malayalam, Kannada, et Telugu formaient une famille dravidienne séparée. Il prétendait aussi que les locuteurs de la langue proto-dravidienne entra en Inde du nord ouest. D'autres académiques arguèrent contre cette théorie de l'invasion dravidienne était une tentative de voir les deux langages indiens du Nord et du sud, venir dans le sous-continent de l'extérieur (Asie de l'Ouest) comme une préoccupation avec la notion de "jardin d'éden".
Si on s'intéresse à des concepts d'identité, d'invasions ou d'immigration des "Aryens" dans leurs relations avec les "Dravidiens", il devient clair qu'ils se trouvent en dehors de la poursuite du débat académique.
La raison est que le problème de ce qui constitue un Aryen ou un Dravidien, dans le sens biologique ou culturel, comme il est généralement posé, est insoluble.
Le problème des Aryens et des Dravidiens est au confluent de nombreuses catégories. Les textes indiens n'utilisent pas les termes d'Arya ou d'Aryens dans un sens linguistique mais seulement en termes de culture. Il existe une référence dans le Manu Smriti ou même les Chinois sont qualifiés d'Aryens, démontrant que ce n'est pas la langue qui définit le terme. Les rois du sud de l'Inde s'appelaient eux-mêmes Aryens comme l'ont fait les voyageurs indiens qui portèrent la civilisation en Asie du sud est. On peut poser le problème en termes de distinction anthropologique entre les locuteurs du Nord et du sud de l'Inde. Mais, l'anthropologue dit qu'il n'y a pas de différences. Quand les linguistes du 19° insistèrent pour que le terme "Aryen" soit réservé aux langages du Nord de l'Inde, une confusion inévitable se fit jour(Kak 1994). Les définitions d'Aryen et de Dravidien sont extrapolées de la culture des locuteurs du Nord et du sud qui sont identiques aussi loin que nous remontions.
Mais quelques différences dans les lois dynastiques et dans la géographie sacrée font partie du corpus. Le Nord avait Kashi et Mathura ; le Sud avait Kanchi et Madurai. Qui pourrait conclure à l'original ? Alors, si les différences culturelles n'existent pas, l'usage du terme "Aryen" définissant la culture ou simplement les locuteurs des langages du Nord de l'Inde est faux et ne mène qu'à la confusion.
L'exemple suivant focalise l'absurdité de la terminologie. Des textes affirment que les Indous Tamils s'installèrent au Cachemire au début du 15° siècle sous le règne libéral de Bada Shah. On ne connaît pas le nombre de gens qui émigrèrent, mais de toute façon, c'est la nature de telles évidences textuelles, Mais qu'est-ce que çà fait un Aryen ou Un Dravidien ? Les Marathes peuvent très bien avoir un substrat dravidien, mais comment affirmer qu'il n'y avait pas d'autres langues parlées là-bas. Alors que, peut-être, les migrations ont pu faire des aller retour. Imaginons, que tout le monde en Inde parlait dravidien au début et que, conséquemment aux procédés "d'élites dominantes", la plupart des habitants du Nord se soient mis à parler Indo-Aryen en gardant leurs traditions et légendes. Les nouveaux locuteurs restent culturellement des dravidiens et aussi certainement biologiquement, si cela veut dire quelque chose et avec ce qui s'est passé en Inde alors les Aryens sont-ils en réalité des Dravidiens et par voie de conséquence les Dravidiens sont-ils aussi Aryens ?
On ne connaît pas les auteurs des Veda. Bilingues connaissant le dravidien et le védique, mais peut-être que leur première langue était dravidienne même si ils avaient des noms sanskrits, comme on a pu le vérifier dans le sud de l'Inde pour la plus grande part des temps historiques ou étaient purement sanskrit. On peut penser qu'aucune rhétorique ou idéologie ne pourra résoudre cette question.
L'usage d'une langue dans la littérature ne démontre même pas que les locuteurs soit une élite dominante. Considérons l'usage de l'Ourdou au Pakistan. Les Punjabi parlant Punjabs représente un groupe dominant mais on utilise l'Ourdou dans la vie quotidienne pour des raisons historiques. En fait, les seul groupe ethnique pour qui l'Ourdou est la langue native, les Mohajirs, se sentent au bas de la pyramide sociale.
Les textes ne peuvent révéler l'atavisme ethnique et des indiens peuvent adopter un nom occidental pour ne pas être identifier ethnique ment par leurs écrites.
Pour dire que le terme "Aryen", mésusé par tant de parties devrait simplement disparaître du discours académique
Plusieurs variétés de familles
L'évidence linguistique, en Inde, requière le postulat de deux types de classification. La première est la classification indienne traditionnelle ou l'entièreté de l'Inde est une seule zone linguistique dénommée la famille Prakrit, Les linguistes sont d'accord pour penser, en se basant sur certaines relations structurelles que les deux langues sont plus proches que le Sanskrit et le Grec(Emeneau 1980).
Deuxièmement, nous avons une division entre les idiomes du Nord de L'inde qui devait s'appeler Prakrit du Nord( appelé indo-aryen par les linguistes) et ceux du Sud qui peut-être appelé peut appeler Prakrit du Sud (ou Dravidien).
Le Prakrit du Nord appartient au groupe indo-européen. Comme le Dravidien peut appartenir à une autre famille plus large.
Cette classification permettrait de se débarrasser du terme Aryen et de sa charge connotative. Et, autre bonne chose, de comprendre que les familles de langues ne sont pas des systèmes exclusifs mais qu'elles s'interpénètrent en cercles dans une dynamique d'expansion et de régression dans le temps.
Retour à l'Inde ancienne
Certains indianistes, convaincus du vieux paradigme racial ont mis les faits à l'envers pour les faire rentrer dans leurs théories(Kak 1997). L'évidence archéologique démontrer que les Védas précèdent les Puranas. Mais comme les scènes Du Purana sont visibles dans l'iconographie des temps d'Harappa(-2600-1900). On fait précéder les Védas par le matériel puranique de façon à le situer au second millénaire avant Jésus-Christ.
La résolution logique de toute l'évidence textuelle et archéologique permet d'affirmer que la zone indienne devint une seule zone culturelle autour des 3.000 ans avant l'ère chrétienne
La civilisation indienne fut créée par des locuteurs de nombreux langages mais la langue de l'expression littéraire
La plus ancienne, c'est le Sanskrit védique en relation lui-même les langues Prakrit du Nord et du Sud.
L'idée est rendue valide, par l'évidence interne et par les études indigènes qui montre qu'on trouve la source de des traditions indo-gangétiques à partir de -7.000 ans. Une nouvelle analyse de l'art ancien permet aussi de soutenir ces conclusions. (Kak 1998).
Par exemple, David Napier (1998) montre que les marques frontales de la Gorgone et que l'œil du cyclope dans l'art grec sont des éléments indiens. , Il suggère aussi que ce soit peut-être du à l'interaction des influences des fantassins indiens avec les armées arabes pour lesquelles ils combattaient. Il évoque l'éventualité de l'influence des Indiens qui commerçaient avec la Grèce, 2.000 ans avant notre ère. Et le nom de la cité mycénienne, Tiryns, endroit ou on trouve les plus anciens monuments de Grèce, est le même que le peuple de marins Tamils le plus puissant, les Tirayens
Travaux cités
Caldwell, R. 1875. Une grammaire comparative des langues dravidiennes. 2° ed. Londres.
Emeneau, M.B. 1980. Langages et régions Linguistiques. Stanford University Press.
Kak, S. 1994. On the classification of Indic languages. Annals of the Bhandarkar Oriental Institute, 75, 185-195.
Kak, S. 1997. The Aryans and ancient Indian history. Indiastar Magazine. <www.indiastar.com/kakaryans.html>
Kak, S. 1998. Indic ideas in the Graeco-Roman world. to appear in Indian Historical Review, 1998. Also in Indiastar Magazine. www.indiastar.com/kak5.htm
Kramrisch, S. 1981. La présence de Civa. Princeton University Press.
Napier, D. 1998. ``Masks and metaphysics in the ancient world: an anthropological view.''
Presented at the International Seminar on Mind, Man and Mask, Indira Gandhi National Centre for the Arts, New Delhi, Feb 24-28, 1998.
Olender, M. 1992. The Languages of Paradise: Race, Religion, and Philology in the Nineteenth Century. Cambridge: Harvard University Press.
Robb, J. 1993. A social prehistory of European languages. Antiquity, 67, 747-760.
Vernant, J.-P. 1992. ds. Olender (1992).
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Les idées de l’ Inde dans le monde gréco-romain
Il est courant de parler des idéologies des civilisations, mais existent-elles ? Par exemple, les doshas de l’Âyurveda sont une classification trinitaire basée sur le système cognitif védique. Platon introduit un système similaire : les trois humeurs, dans la médecine grecque ou la respiration tient un rôle central(pneuma en grec). Mais la place centrale de la respiration (prana en sanskrit) est déjà représentée dans la pensée védique ancienne.
Donc, admettons avec Filliozat (1970) que Platon ait emprunté les notions de vent, de glaire et de bile de la théorie primitive tridosha et que cette transmission s’est opérée par l’empire perse ? D’autre proclament que les similarités entre les systèmes médicaux grecs et indiens doivent être le résultat d’un héritage indo-européen partagé et ce qui peut apparaître indien est en fait indo-européens. La démonstration de Dumézil sur les catégories tripartites fonctionnant aussi ailleurs dan le monde indo-européen, confirme ce point de vue. Dumézil argue que les religions indo-européennes possèdent trois fonctions hiérarchiques : la souveraineté sacrée, la force et la fécondité représentées par les catégories de Brahmâ, Rajan (ou Kshatra) et Vish. La souveraineté religieuse et politique est conçue sur le mode dualiste : le roi magicien et le juge prêtre. En Inde, cette dualité est incarnée par le rôle du
Rajan et du Brahman ; à Rome, par Rex et Flamen. Même les noms sont similaires ! Dumézil dans son Mitra Varuna en 1948, montre que le roi magicien (Varuna en Inde ou Romulus à Rome) initie l’ordre social par la violence alors que le juge prêtre (Mitra en Inde ou Numa à Rome) le développe par la paix. La souveraineté magique procède par les moyens du crédit et des dettes et la souveraineté juridictionnelle utilise les pactes et la croyance. Ce schéma est invariant dans le temps : le culte christique montre un fils sauveur et intercesseur juxtaposé un père vengeur qui punit. D’autres ressemblances entre les religions indiennes et grecques telles la société esquissée dans le Mahabharata et les poèmes homériques. La métempsychose est connue des deux cotés. L’imagerie d’un monde ovoïde, si centrale à la pensée védique est réécrite plus tard dans les légendes orphiques. Selon Rawlinson (1975), « la ressemblance entre les deux légendes est trop évidente que pour être accidentelle ». Ces parallèles sont soit le résultat d’une même origine, de la migration ou de la diffusion culturelle et sans doute, d’une combinaison des trois. En elles-mêmes, elles ne peuvent nous aider à déterminer l’histoire du système, mais l’articulation du schéma de base possèdent différentes caractéristiques dans des régions distinctes. C’est ce style, cette articulation qui représente l’idée de civilisation. Une représentation plus claire se trouve dans l’art, la peinture, la musique et la littérature. Considérons la notion de l’ego dans les dialogues des Upanisad, c’est l’essence du Veda, son savoir secret. Une emphase similaire sur la connaissance de soi est introduite dans le monde grec par les pythagoriciens et les orphiques. Correspondant aux trois gunas : sattva, rajas et tamas, Platon parle de trois catégories : logistikon, thumos et epithumia et utilisait aussi une classification en trois parts de la société. Selon Lomperis (1984), « Platon, par les pythagoriciens et les orphiques subit l’influence de la pensée indienne sans peut-être savoir qu’elle venait d’Inde » Indépendamment de l’origine de ces idées, il est clair qu’ils existaient d’importants parallèles culturels, à leur époque, entre la Grèce et l’Inde. Mais ce sont aussi ces différences significatives qui font l’originalité des civilisations. L’amplification des idées du moi et de la société apparurent de manières différentes dans les deux civilisations. La communauté d’intentions entre les idées védiques et la philosophie de Platon n’est pas si importante que la forme de l’exposition, avec ses saveurs diverses qu’on peut appeler indienne ou grecque. On peut se demander s’il est possible de remonter avant les philosophes grecs et observer l’évidence d’idées transculturelles avant qu’elle ne s’assimile. Les innovations en art et en connaissances scientifiques, épaulées par l’archéologie et les matériaux textuels, peuvent aider à délinéer les processus sur la base pivotante des transformations culturelles. L’intrusion des peuples de l’Inde, et, sans doute, de leurs idées, au Moyen-Orient est bien connue. Un élément indien faisait partie des Mitanni qui, vers le quinzième siècle av.J.C., répandirent leur pouvoir des rives de la Méditerranée aux montagnes de Zagros. Dans un traité avec les Hittites, le roi des Mitanni jure par les dieux indiens Mitra, Varuna, Indra et Nasatya. D’autres documents Mitanni, découverts dans les archives de Bogâzköy (Hittite) et d’El Amarna (Égypte) met clairement en évidence les influences indiennes. Les textes hittites sur l’entraînement des chevaux et sur le charroi utilisent des chiffres en sanskrit. Un texte hourrite se sert du sanskrit pour décrire la couleur des chevaux. Les Kassites ou Hourrites qui régnèrent en Mésopotamie durant plusieurs siècles au second millénaire avant Jésus-Christ possédaient un élément indien représenté, là comme ailleurs dans la région, par une aristocratie gouvernante. Il a peut-être joué un rôle dans le développement des représentations culturelles de l’Égypte et du Moyen-Orient au second millénaire av.J.C. Le début de cette invasion spécifique se situe autour de 1.800 av.J.C. Vers 1.650, un peuple indien occupa le delta du Nil pour un siècle, il est désigné sous le nom d’Hyksos, « Les princes étrangers ». Les nouvelles visions eschatologiques et les innovations mythologiques sont prises comme preuve de cette présence séquence logique de leur présence en Asie de l’Ouest. Une invasion antécédente des idées de l’ « orient » en Égypte a été supposée par la lecture des « textes de pyramides » vers 2.600 av. J.C. L’activité militaire du roi des Hittites, Hattusilis est considérée comme le moteur de ce processus.. Mais cette période ancienne ne nous concerne pas ici. Le souvenir de la suprématie de la région indo-iranienne dans les idées religieuses et concomitamment artistiques est préservé dans un texte ancien Pahlavi. Le monde est divisé en trois régions : l’ouest (Rome à avec des riches ; Le nord et l’est(Turkestan et les déserts) à la turbulence martiale, le sud (Iran et Inde) avec « la religion, la loi en plus de la royauté suprême ». (Dumézil 1973). Le Moyen-Orient a-t-il servi de conduit aux idées indiennes ? » Dans ce texte, nous tracerons le passage de certaines idées indiennes en art et en astronomie vers le monde gréco-romain. Nous montrerons comment cela nous aide à comprendre l’antique interaction entre l’Inde et l’occident en phase avec les découvertes récentes des archéologues.
Le Langage du Mythe
Le langage du mythe représente la connaissance astronomique et spirituelle. Santillana et von Dechend, dans leur « Moulin d’Hamlet » (1969) montrent les similarités structurelles de nombreux mythes de l’ancien monde. Ils lisent ces mythes comme la narration des cadres perpétuellement mouvants d’une précession. Les mythes exposent aussi les transformations qui se déroulent dans les mentalités. Ce sens dual peut fournir une imagerie spécifique rendant son compte rendu possible.
Considérons Venus, planète, déesse romaine de la productivité naturelle et aussi de l’amour et de la beauté. Les Grecs l’appelaient Aphrodite et aussi Eosphoros ou « celle qui apporte la lumière, quand elle apparaît l’étoile du matin et Hesperos quand elle apparaît comme l’étoile du soir. On croit qu’au début les Grecs ne savaient pas si c’était la même étoile mais à l’époque des pythagoriciens, son identité était connue. La Venus romaine dérive, par ses caractéristiques de l’Aphrodite grecque qui en retour semble l’héritière de l’Ishtar babylonienne. On attribue, dans la légende grecque d’Aphrodite, sa naissance à Kupris ou Chypre ; Kupris, déesse féminine est dérivée du masculin Kupros. En Inde, l’attestation du Rigveda (10.123) nomme Vena la planète Venus et Shukra dans es textes ultérieurs. Nous avons alors une affinité linguistique entre ces noms Venus et Vena, Kupros et Shukra.
Le Rigveda décrit deux aspects de Venus : la première, comme Gandharva patronne du chant et des arts et l’autre, fils est fils du soleil et d’un asura. Ces conceptions conjuguées avec la signification de Vena : « appartenir » et « amour » mène aux mythologies plus tardives trouvée en Inde ainsi qu’en Asie de l’Ouest. Alvarez en 1978 a suggéré que les représentations des déesses en Mésopotamie et plus tard subirent l’influence des idées indiennes.
Une évocation des premières conceptualisations de la déesse peut nous aider à établir une chronologie des idées en Inde. Aphrodite, comme Lakshmi, est née de la mer Mais l’histoire indienne est techniquement plus convaincante
Puisque la naissance est obtenue par barattage, comme on fait du beurre avec du lait alors que la circonstance de la naissance d’Aphrodite n'est pas décrite. Ishtar ne peut précéder Vena, car elle n’est qu’un des nombreux éléments de l’hymne du Rigveda 10.123. Vena connaît le secret de l’immortalité ; ce qui fait, sans doute, référence au fait que Venus émerge à nouveau après avoir été obscurcie par le soleil. Dans les gloses puraniques, Shiva avale Shukra, et est, plus tard, vomi sous forme sperme. C’est un jeu sur l’étymologie de Shukra comme « brillant »Les Puranas nous enseignent comment Les dieux apprenent le secret de l’immortalité de Shudra par subterfuge. Il y a un autre souvenir de l’immortalité de Venus dans le mythe du phénix homonyme de Vena, il ressuscite, réchauffé par les rayons du soleil.
Les sources indiennes nommément le Rigveda et les Puranas, explique toute la base du mythe du Vena-Shukra mythe à plusieurs niveaux. En Mésopotamie, en Grèce et à Rome, il n’y a que des suggestions éparses pour mener à la conclusion que ces idées voyagèrent d’Inde en Europe par la Mésopotamie. Les spécialistes de la mythologie comparative mirent en évidence d’autres parallèles. Dumézil (1970, 1983) a comparé les épisodes épiques des Puranas avec les mythes d’une variété de peuples européens et a pu détailler des similarités cruciales. Dumézil
évoque les racines trinitaires de la pensée indo-européenne pour expliquer cette similarité, il est plus probable que des histoires se sont transmises telles que celles, tardives, des fables indiennes et des Jatakas. Les histoires indiennes s’accordent à leur propre logique et les auteurs encyclopédiques des Puranas n’eurent aucune peine à en produire en grandes quantités. L’exposition des mythes dans les textes indiens est complète et explicative ce qui n’est pas le cas pour ceux des européens qui sont plus hétérogènes. Nicholas Kazanas (1998) montre que le Rigveda contient une portion nettement plus importante de l’héritage mythologique indo-européen commun. En fait, à peine un motif majeur commun à deux ou plus des autres branches qui ne se trouvent pas dans le Rigveda, c’est encore plus vrai dans la littérature Purana
Astronomie
Durant de nombreuses années le point de vue conventionnel voulait que l’astronomie indienne soit essentiellement dérivée des sources grecques et mésopotamiennes. Parce, qu’à l’époque, on croyait que les Indiens ne possédaient pas la tradition d’un empirisme raisonnable. Roger Billard (1971) a prouvé, grâce à l’utilisation de l’analyse informatique, que c’était faux et que les paramètres de la période Siddhantique étaient exacts pour la date des textes établissant ainsi qu’ils ne pouvaient être empruntés à d’autres vieilles sources à l’extérieur du pays. Pendant ce temps, notre compréhension de l’astronomie a complètement changé. Un code astronomique, découvert, dans l’organisation des livres védiques. L’astronomie des autels de feu, védiques est aussi mieux comprise (Kak 1994, 1995, 1996a,b). Ces découvertes indiquent une longue tradition d’observation astronomique en Inde. L’origine des mathématiques indiennes est aussi beaucoup plus ancienne qu’on ne le pensait jusque là. Remontons plus en amont des débuts de l’histoire de l’Inde qui remontent à 40.000 ans, par l’art rupestre trouvé dans de nombreux sites du sub continent (Wakankar 1992). Il est presque certain de l’étude du ciel, existe depuis longtemps si on en croit les peintures rupestres.
Un sceau amulette de Rehman Dheri (2400 av.J.C.) indique que le système du nakshatra est très ancien. Le sceau montre une paire de scorpions au recto et deux antilopes au verso. L’argument (Ashfaque 1989) que le sceau représente l’opposition entre Orion (Mrigashiras ou tête d’antilope) et le Scorpion (Rohini) nakshatras. Il existe une autre relation entre Orion et Rohini, c’est le nom d’alpha Tauri, Aldebaran. Le fameux mythe védique de Prajapati en Orion, personnification de l’année, désirant sa fille (Rohini) (par ex : Aitareya Br. 3.33) représente l’époque quand le début de l’année passe d’Orion à Rohini. Pour cette « transgression » Rudra (Sirius, Mrgavyadha) coupe la tête de Prajapati. On a suggéré qu’une des antilopes représente la décapitation d’Orion, ce qui semble être une représentation très raisonnable de l’iconographie du sceau. On a de bonnes raisons de penser que de nombreuses constellations furent nommées au troisième millénaire avant l’ère chrétienne. Ce qui expliquerait les appellations données par le Rigveda à celles-ci, telles les Rikshas (La Petite Ourse et la Grande Ourse), Les deux chiens divins(Le Grand Chien et le Petit Chien, les Gémeaux (dans le Cancer), La Chèvre (Capricorne)
(Canis Major et Canis Minor), les gémeaux (dans le Cancer), et le vaisseau d’Argos sont les mêmes en Europe.
D’autres constellations évoquent des événements mythologiques similaires : Prajapati en Orion présentant sa décapitation, Osiris comme Orion quand Seth le tue. Le Vedanga Jyotisha de Lagadha (1300 av.J.C.) est un des textes védiques subsidiaires et son contenu doit être considéré grosso modo sur un plan comparable avec celui des Brahmanes et autres textes post védiques ainsi que le Vedanga Jyotisha qui arrive à une période bien ultérieure.
Les Puranas contiennent aussi un grand nombre de matériel très ancien et leur astronomie apparaît, sous tous les angles, bien antérieure à l’Aryabhata et ainsi nous procurent des indices sur l’évolution de la pensée astronomique.
On a longtemps considéré que l’astronomie siddhantique de l’Aryabhata trouvait son origine principalement dans les idées mathématiques de la Grèce et de Babylone. Vue inspirée, d’une part, par le fait que deux des cinq Siddhantas dans le Panchasiddhantika du Varahamihira nommément Romaka et Paulisha, paraissent être liés
À l’ouest par les noms Rome et Paul. Mais le modèle planétaire des premiers Siddhantas est, élémentairement, l’extension de la théorie des orbites du soleil et de la lune dans le Vedanga Jyotisha. De plus, la compilation des cinq
Siddhantas pré-Aryabhique dans le Panchasiddhantika (PS) du Varahamihira pose la question du développement graduel des idées à laquelle on en peut répondre, en l’examinant, que difficilement. L’affirmation d’absence de traditions d’observations astronomiques chez les Indiens, continue à se répéter par des auteurs peu attentifs.
Mais Billard (1971) a montré que les paramètres des différents Siddhantas se trouvaient ajustés à leur temps.
L’idée d’évaluer le diamètre du soleil à cinq cent fois le diamètre de la terre, venait-elle des uns ou des autres.
Kak (1998) a montré récemment que cette distance est présente dans le Panchavimsha Brahmana, précède l’astronomie grecque dans toutes ses évidences. il a présenté les détails techniques du corpus ailleurs
(ex : Kak 1998c). La conclusion principale de ces découvertes est que l’astronomie indienne la plus ancienne précède celle de la Mésopotamie. La trace des certaines idées indiennes se trouvent en Mésopotamie au cours du second et du premier siècle avant l’ère chrétienne. Elles furent, subséquemment transmises en Grèce.
Art
Sur les bases de l’évidence donnée ci-dessus, il n’est pas surprenant que les thèmes et les motifs de la sculpture et des derniers sceaux d’Harappa. dont l’un d’entre eux, est l’image du héros, la figure de Gilgamesh, se répètent au Proche-Orient et en Grèce (Kak 1998a). Ce qui rend vraisemblable l’idée d’une interaction entre l’inde et les régions occidentales autour du troisième millénaire avant l’ère chrétienne. Jetons un coup d’œil sur quelques formes comparatives spécifiques.
Héros, Sacrifice
Le Kirttimukha, un gardien de la marge, est daté assez tardivement dans l’art indien, en adéquation avec la tradition mythologique. Zimmer (1946) tente de démontrer que l’image de la gorgone doit être vue comme une interprétation grecque ludique du Kirttimukha assimilé à une légende différente. Napier (1986, 1982) appuie cette thèse en suggérant les que marques du front de la Gorgone et que l’œil unique des cyclopes sont des éléments indiens, production proto sociale de l’interaction avec les fantassins indiens qui combattaient dans les armées perses. Mais, la Grèce, aussi, accueillait des marchands indiens. Le fait que le nom de la cité mycénienne grecque de Tiryns,
L’endroit ou se trouve les monuments les plus anciens de la Grèce, est le même que celui du peuple de marins le plus puissant de l’Inde appelé Tirayniens (Krishna 1980). Napier a montré que l’histoire de Persée et de la Gorgone
convergeait avec des éléments indiens, plus particulièrement en relation avec les mythes de Lycie.
« Ce royaume ancien prend sa place, principalement, dans la mythologie grecque comme une localisation de l’exotisme : là-bas se trouve l’ivoire, les paons, les « vaches aux yeux innombrables », on s’y amuse et on l’assimile à l’esprit pré classique qui trouve tout exotique. Au British Museum, nous trouvons une construction lycienne, avec son toit, descendant clairement d’un ancien style sud asiatique. La démonstration de cette hypothèse ne se limite pas à ce qui pourrait sembler être une similarité superficielle, ni des nombreuses références auxquelles la Lycie est associée, mais dans le nom même de la structure qui date du milieu du quatrième siècle av.J.C. : la tombe gréco-indienne, s’il y en avait une, de Payava. Et qui étaient les Tirayniens, sinon les ancêtres des plus fameux clans indiens, les Pallavas et les Cholas ? » (Napier 1998).
Art Funéraire
La mythologie indienne possède de riches descriptions de la cité d’Indra, le paradis, avec ses nénuphars et ses jardins. Octavio Alvarez (1978) suggère que ces thèmes védiques, de l’au-delà, sont croqués sur les tombes étrusques. Il suit la transmission de ces thèmes via l’Égypte ou les âmes n’étaient plus reçues par la tragique déesse de la mort
Osiris, mais par Athor, l’enchanteresse, déesse de la joie et de l’amour comme dans la conception primitive gréco-romaine ou les âmes étaient supposées vivre « sans diaphragme », c’est à dire, privées de nourriture et de sexe. Mais finalement, l’idée du paradis védique, quand, dans la cité d’Indra, tout est jeunesse et plaisir, déplace ces vues plus anciennes et Alvarez est à même de démontrer les nouveaux symboles de résurrection utilisée dans l’art étrusque et l’art funéraire plus tardif. Il établit la relation entre les nénuphars dans la mythologie gréco-romaine et les apsarases of the de la mythologie védique. Prenons note du fait que l’interprétation occidentale de l’au-delà védique fonctionne comme un rendu littéral de la métaphore. Le paradis védique transcende l’espace et le temps et représente l’absorption dans le Brahmâ. Et il est fascinant que la notion de paradis comme jardin de plaisir fut adopté plus tard par l’Islam.
Alvarez peut expliquer l’iconographie des sarcophages marins étrusques, de manière très convaincante en usant des parallèles indiens.
Il décrit huit éléments de base :
1. La scène de l’océan céleste, refuge des âmes disparues qui ressemble au paradis d’Indra.
2. Les femmes sont les apsarases, nymphes des eaux. Sur les sarcophages anciens, l’imagerie sépulcrale revêt la coiffure et les pendants d’oreille, mais sont, sinon, nus conformément aux modèles indiens. Ils sont vus intentionnellement avec des ventres proéminents et de gros postérieurs, drapés à la manière indienne
3. Les bébés sont les âmes du disparu qui réaparait au paradis, réapparition semblable à une résurrection.
4. Les fleurs sont les véhicules naturels de la résurrection comme celle qui vient du lotus.
5. L’allaitement des âmes enfants montre la réception et le nourrissement par les ôtes célestes
6. Les centaures de la mer sont les gandharvas, contrepartie males et amants des asparses. Ils ont des nageoires et des queues de poisson pour les différencier des centaures gréco-romains.
7. Les amorini qui remplissent l’atmosphère des symboles méditerranéens et dénote l’océan céleste, si brillamment décrit dans l’eschatologie indienne
8. Le portrait du décédé montré dans un coquillage, sans doute pour indiquer la renaissance dans « l’Océan Céleste »
D’autres éléments indiens sont présents dans l’iconographie telles passementeries et noix de bétel
Le Chaudron de Gundestrup
Considérons le cas du chaudron de Gundestrup, découvert au Danemark, il y a une centaine d’années,
Ce vase d’argent, daté autour du milieu du deuxième siècle av.J.C.. Ses flancs sont garnis de scènes variées de guerre et de sacrifice, divinités luttant avec des animaux, déesse flanquée d’éléphants, une figure méditative portant une ramure de cerf. Le parallèle est suggéré par les éléphants, complètement hors de contexte en Europe et par la déesse à la pose yogique. Si on en croit l’historien de l’art Timothy Taylor (1992), « Une tradition technique et picturale partagée s’est étendue de l’Inde à la Thrace ou le chaudron fut fait, pour se retrouver au Danemark. Les rituels yogi, par exemple, peuvent s’inférer des poses montrant l’homme portant la ramure sur le chaudron et d’une figure à tête de taureau sur une matrice de sceau du Mohenjo-Daro. Trois autres liens indiens : les bains rituels des déesses avec les éléphants( la déesse indienne est Lakshmi) ; les dieux à figure circulaire (Vishnou) ; La déesse aux cheveux tressés avec des couples doiseaux(Hariti) ». Taylor se demande si ce ne sont pas des classes d’artisans itinérants indiens, un peu semblables aux gitans en Europe, eux aussi originaire de l’Inde, étaient, peut-être, les créateurs du chaudron.
Terres cuites égyptiennes
Harle (1992) les a examinées découvertes par Petrie à Memphis en Égypte et il les croit indiennes, elle date de l période gréco-romaine et il est convenu qu’une colonie indienne existait à Memphis à partie du cinquième siècle avant l’ère chrétienne. Renouvellant l’évidence, Harle conclut que les figurines furent fabriquées par des colons indiens. Il souligne que la pose, dans les deux cas sont lalitasana et rajalilasana. Il ajoute : « La sensation plastique, quoi qu’il en soit, difficile à définir, est aussi indienne » il y a d’autres formes qui évoquent aussi certaines figures indiennes : la corpulence, un genre de dhoti comme vétement d’en bas rt dans un cas, un petit bras à droite et un foulard sur l’épaule gauche, toutes ces formes ramènent au Pancika (Kubera) indien de Gandhara et des sculptures
Panchika et Hariti du musée de Peshawar''. Les figures comprennent aussi celle qu’on a traditionnellement pour
Harpocrate, le fils d’Isis et d’Osiris. Mais il est possible que pour les colons indiens la figure représente Krishna-Vasudeva comme l’enfant dieu. Deux bronzes de cet enfant dieu ont été trouvés à Begram et Taxila.
Le contexte archéologique
En étudiant l’interaction entre l’Inde et l’Europe, on doit noter que les dernières découvertes archéologiques placent les indo-aryens, fondateurs de la tradition littéraire indienne, dans l’Inde même (Feuerstein et Al 1995).
Les antécédents de la civilisation d’Harappa remontent en inde à 8.000 ans avant l’ère chrétienne. On ne sait pas si cette tradition dérive ou de la tradition de l’art des roches(40,000 av.J.C.). Mais on ne peut lire aucune évidence de discontinuité dans les minutes archéologiques, les seules ruptures sont dues à des facteurs écologiques. Suivant
Shaffer et Lichtenstein (1998), qui sont contre le modèle invasion/immigration, « alors que les données s’accumulent pour étayer la continuité culturelle dans les périodes préhistoriques et historiques, une restructuration considérable des paradigmes interprétatifs doit s’opérer, nous rejetons vivement les interprétations historiques simplistes, qui datent du dix huitième siècle et qui continuent à s’imposer à l’histoire culturelle de l’Asie du sud. Ces interprétations se trouvent significativement diminuées par l’ethnocentrisme européen et son héritage colonialiste et raciste ».
La littérature indienne se souvient d’évènements qui remontent au quatrième ou au cinquième millénaire av.J.C.
La présence de l’élément indien au Proche Orient au second millénaire av.J.C. devrait se lire comme une invasion de l’Inde ou de groupes indianisés culturellement.
L’assèchement de la Sarasvatî autour de 1.900 av.J.C. qui induisit une relocalisation majeur de la population centrée sur les vallées du Sindhu et de la Sarasvatî, serait aussi un événement qui aurait contribué à l’immigration vers l’ouest. C’est peu après, que l’influence indienne apparaît partout en Asie de l’ouest, en Égypte et en Grèce.
Dans ce texte nous avons révisé quelques éléments de l'astronomie indienne en Grèce, une étude sur l’art nous a montré l’évidence d’une présence indienne dans le monde gréco-romain comme dans le cas de la Gorgone, du sarcophage marin de Rome, des figures yogique et autres déités sur le chaudron de Gundestrup et des figures de Memphis, en argile cuite. Nous pensons que l’ancienne Eurasie entretenait des interactions et un commerce considérable à l’intérieur de ses régions. Processus complexe dont les migrations faisaient, sans aucun doute, partie.
La diffusion des idées étant un élément important du commerce, nous avons vu ici, quelques exemples d’idées artistiques et astronomiques qui voyagèrent d’est en ouest et vice et versa
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Bibliographie
Alvarez, O. 1978. Celestial Brides: A Study in Mythology and Archaeology. Stockbridge.
Ashfaque, S.M. 1989. ``Primitive astronomy in the Indus civilization.'' in Old Problems and New Perspectives in the Archaeology of South Asia, J.M. Kenoyer (ed.). 207-215, Madison, WI.
Billard, R. 1971. L'astronomie Indienne. Paris.
Dumezil, G. 1948 (1988). Mitra-Varuna. Cambridge.
Dumezil, G. 1970. The Destiny of the Warrior. Chicago.
Dumezil, G. 1973. The Destiny of a King. Chicago.
Dumezil, G. 1983. The Stakes of the Warrior. Berkeley.
Feuerstein, G. Kak, S. and Frawley, D. 1995. In Search of the Cradle of Civilization. Wheaton.
Filliozat, J. 1970. "The Expansion of Indian Medicine Abroad" In India's Contributions to World Thought and Culture, Lokesh Chandra (ed.). Madras: Vivekananda Memorial Committee. 67-70.
Kak, S. 1994. The Astronomical Code of the Rigveda. New Delhi.
Kak, S. 1995. ``The astronomy of the age of geometric altars."
Kazanas, N. 1998. ``I-E mythological interconnections.'' Omilos Meleton, Athens.
Krishna, Nanditha. 1980. The Art and Iconogrpahy of Vishnu-Narayana. Bombay.
Lomperis, T. 1984. Hindu Influence on Greek Philosophy. Calcutta.
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Une biographie de Judas
Le nom " Judas " est empoisonné, il est attaché à l'espion de la porte de prison, au ver à soie sans soie qui pend, mort, d'un arbre, l'animal dépecé par le chasseur comme appât et la chaise à clous utilisée pour infliger des tortures sexuelles aux hérétiques, c'est un libelle politique, une accusation chantée par un chanteur populaire qui trahit ses racines, une malédiction collée à un ami qui retourne sa veste. Personne, aujourd'hui, c'est certain, ne souhaiterait appeler son enfant Judas. Susan Gubar vient de publier une "bio graphie" qui porte ce nom. Ce n'est pas une tentative quichotesque pour écrire la vie d'un homme que le nouveau testament n'évoque que douze fois. Ce n'est pas l'étude de sa vie mais de son appréciation, dans l'art, la littérature et l'histoire de l’Ouest. L’histoire de 2.000 ans de nombreux Judas, apôtre anomale, traître et paria, l'embrasseur homophilique du Christ, le Zélote irritant et l'homme tombé sans joie pour la rédemption. De manière plus dérangeante ; c'est l'histoire d'un Judas au nez crochu, roux, jaune qui hante tant de peintures de la dernière cène, assis de l'autre coté de la table dans un isolement torturé. C'est la représentation du totem antisémite monstrueux incarné dans le Judas-Juif. Il n'avait pas commencé carrière comme monstre. Les écrits bibliques les plus anciens ne font même pas allusion à son nom, d'ailleurs, ils ne parlent pas de la résurrection non plus. Paul ne semble pas en avoir entendu parler, notant simplement : "Jésus fut trahi" La question n'intéresse guère Marc qui ne fait que s'indigner sur son gaspillage de l'huile sainte déjà si chère qui donne à Jésus son baiser infâme et disparaît de l'histoire. Pendant toute la durée du premier siècle, les relations entre les chrétiens et les Juifs se détériorèrent, Les évangiles commençaient à rendre responsable de la crucifixion, les prêtres et les pharisiens plutôt que les Romains et leur nécessaire agent double. Judas devint "l'apôtre juif" solitaire avant que l'apparition de Jésus et ses siens. D'autres générations allèrent plus loin et les historiens nazis sont aller jusqu'à écrire que Jésus, venait, en réalité d'une tribu galiléenne non juive. En résumé Judas grandit en danger et en importance. le Judas de Matthieu est un intrigant déguisé, mais il se pend de remord. Le judas satanique, possédé, de Luc n'arrive pas à donner le baiser à Jésus car il est écarté et finit ses jours prosaïquement de telle manière qu'il s'ouvrit du milieu et que ses tripes en sautèrent A l'époque ou Jean rédigea son évangile, Judas étais devenu le trésor de guerre des apôtres et un démon sous forme humaine de plein droit. Gubar souligne laborieusement que la nature de Judas a subsisté au travers de nombreuses périodes l'histoire. Mais elle indique aussi une large progression de la disgrâce à la dignité. La première fut profonde. Dans l'art médiéval Judas devient le démon lycanthrope qui mord autant qu'il embrasse, caricature boursouflée, aux taches de sang, exécrable avec une bourse qu'il traîne comme un utérus distendu suivi d'avatars aussi divers que Shiloh ou le Dracula de Bram Stocker. Son ascension finit par atteindre une affreuse apothéose antisémite dans l'extraordinaire jaculation de Martin Luther. Comme les tripes de judas commencent à danser, Luther imagine les juifs attendre au pied de la potence avec des vases d'or et d'argent afin d'attraper l'explosion. Et luther ajoute : qu'ils prirent aussi son urine la mélangèrent aux excréments, qu'ils partagèrent ce repas en buvant, raison pour laquelle ils développèrent un regard si perçant. La Renaissance essaya encore un peu plus loin. Les artistes se focalisèrent sur le baiser de Judas avec une telle attention aimante, qu'il fit moins peur. Comptes-rendus tourmentés, sophistiqués et même érotiques en lisant la virtuosité de Carracci, Caravage et les autres, Gubar nous convainc que Judas peut aussi apparaître comme une silhouette sexuelle trahissant son ami et pris dans les bras de la loi et non ceux de son amant, finalement bannie des cieux. L'auteur est très douée dans ce type de relecture de l'art et de la littérature et a passé au moins la moitié de ses livres à fureter les poèmes, les pièces, les films représentant Judas qu'elle utilise pour calligraphier son contrepoint. Sa démonstration nous explique comment la sympathie pour Judas s'est accrue pendant les Lumières et comment les écrivains commencèrent à remettre en question la justice divine qui demandait tant de souffrances non seulement de Jésus mais aussi de Judas. L’essayiste opiomane Thomas De Quincey dit que c'était son coeur brisé qui se répandit et le Méthodiste Charles Wesley remercie son Seigneur de libérer non seulement le juste mais aussi "Judas, Esau, Cain, et moi". Susan D. Gubar couvre un terrain qui coupe le souffle, de Dryden à Thomas Hardy en passant par la propagande nazie et " La Dernière Tentation du Christ" de Nikos Kazantzakis’s en 1960 qui fait de Judas l'homme de paille du plan divin. Elle privilégie l'art et non la théologie ou l'histoire des idées, ce qui rend ses écrits un peu glissant sur la surface. Le chapitre final, néanmoins récollection de l'ouvrage, n'en est pas moins magnifique parce que Judas compte aujourd'hui et chaque réinvention de son personnage reconfigure Jésus puis il n'est pas L'antéchrist mais une figure spéculaire, par qu'il évoque l'évolution de l'attitude du christianisme à l'égard du judaïsme et qu'il nous réfléchit. Il incarne notre nature la plus sombre, notre capacité pour la misère, le désespoir et l'égoïsme. Il n'est pas seulement le négatif ultime mais aussi l'ennemi intérieur.
11:02 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : judas, biographie, susan gubar
Arthur Miller, Dernières nouvelles
Arthur Miller, Dernières nouvelles
" Je suis dans mes épaulières " annonce le personnage dans une des nouvelles courtes d’Arthur Miller. Il en a une paire mais ce n’est pas exactement ce qu’il veut dire : il parle du succès de sa carrière dans l’industrie de l’épaulière dont il est fier d’étre le gérant jusqu’au Mississippi. L’homme à qui il parle, un droits d’auteur, un peu usé, non sans rapport avec l’auteur lui-même, ressent du soulagement de ne pas avoir connu l’échec de ne vendre des épaulières qu’en Nouvelle- Angleterre. Comme dans son œuvre de théatre plus connue " Mort d’un Commis-Voyageur ", Miller s’accorde bien à la vulgarité insistante engendrée par une société sans filet de sécurité et à la souffrance humaine qu’elle cause. Un autre personnage, émigrant polonais cultivé, devient fou en cherchant un peu de respect. Il n’en trouve pas plus que de culture a Detroit, et il ne peut s’adapter à une société nager ou couler ou " vous êtes soit un succès soit un échec, pas un homme avec un nom. "
En dépit de leurs soucis communs, les drames de Miller et ses nouvelles sont distinguément différents, comme il le dit dans son introduction. Il y a de la grandeur dans le théatre et il décrit le conte comme un genre de bungalow. L’analogie est modeste et charmante, trop modeste, en réalité, mais elle montre son sentiment pour les petites choses ordinaires de la vie. La présence est un événement littéraire puisqu’elle réunit, pour la première fois, tous ses bungalows, comme un petit quartier de fictions. Les histoires plus anciennes, " Je n’ai plus Besoin de Toi ", plus longue qu’une nouvelle et " Une Fille d’Intérieur ", sont complètes, aujourd’hui, publiées en triple volume dans la défunte collection Presence, deux ans après la mort de l’auteur en 2005. Son travail change considérablement au cours de ces 16 nouvelles, mais il y a des continuités, y compris des moments néo-mystiques d’exultation finale et un respect informé dans ce qu’il écrit à propos du travail physique, que ce soit souder, construire un barrage, pour un castor ou danser des claquettes. Dans l’histoire d’un juif américain nommé Harold May, qui dance face à Hitler. Le héros note que son jeu fonctionne bien dans les districts avec des travailleurs de l’acier qualifiés et les machinistes : " S'ils savent monter des machines, ils ont une tendance à aimer regarder les claquettes. " Pour toutes ces raisons, l’emphase sur la vie des cols bleus dans d’autres nouvelles plus anciennes et plus précises peut rester lourde et oppressive, à l’unisson de préoccupations rassassiées à propos de racines et de paternité, généralement juives ou italiennes. Il y a danvantage de choix identitaires dans la nouvelles principale " Une Fille d’intérieur ", qui suit une femme faite, Janice Sessions, de son mariage à un communiste appellé Fink ("Ne t’inquiète pas, Staline sait ce qu’il fait"), jusque sa séduction par un professeur d’existentialisme dans son bureau, 20 ans de bonheur avec un mari aveugle et un engagement dans les droits civils, brassage sentimental quoi qu’émouvant puisqu’il rappelle à la fois le théatre et la nouvelle et possède aussi cette qualité schématique de la vie de Janice comme histoire de la gauche intellectuelle américaine. Avec ces nouvelles tardives publiées chez Presence, Miller se libère dans le sens qu’elles donnent, à celles du début un impact encore plus juste et plus dénué de concessions. Le style est souvent plus simple, mais les thèmes sont plus complexes et plus ouverts, les récits plus purs et résistants mieux à la paraphrase. Un gamin de treize ans va s’acheter un bébé bouledogue et tombe, surpris, sous le charme de la vendeuse. Dans l’histoire titre, un voyeur idiot observe un couple sur une plage (" muets comme des singes, tous deux coincés dans la cage de leur silence emplissant la longueur de la plage encore vide "). Dans " La Performance ", Harold May est brièvement fèté par les nazis pour sa dance, s’interroge sur les ruines de l’Allemagne ce qui le fait penser à la folie du rêve politique. Mais les rêves sont plus généreux dans la " Nature Morte à la Térébenthine ", qui raconte l’histoire de la vision d’un homme, condamné par la maladie, de construire une chaudière à la térébenthine dans la jungle haïtienne qui bénéficie à la population locale. Çà devient une obsession, comme de créer une œuvre d’art. Trente ans plus tard, un ami va voir ce qui est arrivé à la chaudière. D’un coté, c’est une histoire hantée par les avatars de la gauche vieux style et du commerce disparu de l’indignation morale. (" L’idée l’intéressait, dans la distance, comme un vieil air de jazz "). L’atmosphère, allégorique mais retenue, vous fait tourner les pages jusqu’à la fin pour le plaisir, comme la plupart des pièces de cet ouvrage. La collection complète révèle un talent maturé qui ne cesse de grandir et d’évoluer.
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