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08.04.2010

La mouche immortelle est fatiguée

Il y avait une mouche qui s'appellait Mathiass et elle était immortelle. La plupart des mouches ne vivent que quelques jours, Mais Mathiass s'était vue octroyé l'immortalité et pour longtemps, elle s'en trouva bien mais perdit son enthousiame après un certain temps. Elle avait, croyait-elle, perdu trop d'amis et son cœur était lourd. Elle avait cette sensation depuis longtemps et jusqu'à présent ne faisait pas le rapport, c'est çà, lourd, elle avait le cœur lourd. Si lourd, qu'elle croyait voler avec un piano ou un poèle. Elle est immortelle depuis 16 ans et elle a connu, peut-ètre, 1250 compagnes mouches, aujourd'hui disparues. Francisco, Davida, Gunther, Marc, toutes parties. Avec les années le rythme s'est ralenti. Après avoir perdu plus ou moins 600 amies, elle du passer plus de temps toute seule, étendit ses relations, elle ne pouvait plus endurer ce taux d'une morte par jour. Cindy, Jacques, Anna, Emir, tous partis. Mais qui, dans ces compagnons d'un jour, pouvait connaître son secret ? Personne ! Jamais ! La plupart des mouches ne savent meme pas qu'elles vont mourir, elles ne possèdent pas une telle perspective. Elles passent le ou les jours de leurs vies à voler, à atterrir sur des choses, à explorer les surfaces de verre  qu'elles peuvent trouver. On n'imagine pas l'exquise sensation d'antennes sur du verre. Finalement, elles trouvent un pot de fleurs ou un fond de jus d'orange qui trainait par-là, se retournent sur le ventre et c'est fait ! Et pour 16 ans, Mathiass a du voir ceci plus de 1000 fois, passant du choc, de la révulsion à l'empathie. Maintenant, elle est fatiguée, fatiguée de la vie, de la mort, de voir, de savoir et de respirer. C'est pourquoi, elle volera, un de ces jours, dans votre bouche ou votre nombril, c'est la seule façon d'en finir pour une mouche immortelle. S'il vous plait, accueillez la, pardonnez, aidez la à passer le seuil qui mène dans l'au-dela. Ne pas tousser ou macher.

18.01.2010

Göel Ratzon, le messie au harem arrêté à Tel Aviv

Monsieur Ratzon a déclaré : " Je suis parfait, j’ai toutes les qualités que les femmes désirent "

Les habitants d’Hakitva, quartier tranquille de Tel Aviv furent assez choqué de découvrir parmi leurs voisins un sage juif auto-proclamé vivant avec un harem de trente femmes gardées comme "esclaves" dans des appartements sordides. Göel Ratzon, 60 ans, est accusé d'être le père de 37 enfants depuis 1993 avec ses femmes et ses filles. Monsieur Ratzon taxé, par les médias locaux, de "Josef Fritzl d’Israel" a été incarcéré sous l’inculpation d’inceste et d’abus sexuel. "Le procès verbal montre que le suspect contrôlait ses femmes d’une main ferme y compris leur argent et leurs possessions " Monsieur Ratzon avait même rédigé une liste de commandements pour s’assurer que les femmes demeurent dans des " conditions similaires à l’esclavage " déclare la police. En plus de lui ristourner tous leurs salaires, il leur était interdit de téléphoner ou de parler à un autre homme que lui, Si elles enfreignaient ces règles, elles devaient payer une amende ou recevoir une punition physique. Mickey Rosenfeld, le porte-parole de la police israélienne. Dit que Monsieur Ratzon parvenait à convaincre ses victimes de son statut semblable à Dieu. " Les femmes ne comprenaient pas vraiment leur situation, elles ne comprenaient pas ce que signifie la liberté. ". Dans un cas, la police investit un appartement de trois chambres ou se trouvait 10 femmes et 17 enfants vivant dans d’ " horribles conditions ". Les femmes portaient des vetements orthodoxes conservateurs couvrant tout le corps avec un tatouage du faciès et du nom de leur bourreau. Il était marié à 17 femmes mais on ne sait pas le nombre de celles avec qui il avait des relations. Tous ses rejetons portent des noms qui sont des variations du sien " Göel ", " celui qui rachète " en hébreu. La famille Ratzon est connue du public israélien depuis l’année dernière quand il apparut à la télévision avec plusieurs femmes, dans un documentaire ou elles informaient le spectateur de la messianité de Monsieur Ratzon et ou on peut les voir le peigner et lui donner de la nourriture tout en déclarant : " Il est le Messie dont tout le monde parle…le jour ou il décidera à se révéler, la terre tremblera. ". Monsieur Ratzon n’a jamais proclamé sa divinité mais bien " Je suis parfait, j’ai toutes les qualités que les femmes désirent " Quand on l’interroge sur ses commandements, il répond : " c’est comme un état, je dois tenir mes principes, mes ordres et mes lois. " Les voisins ont recueilli quelques détails sur la vie de Monsieur Ratzon, l’un dit qu’il a appris l’hypnotisme en Inde et qu’il utilisait cette technique pour subjuguer les femmes. " Nous ne les avons jamais entendus, ils ne faisaient pas de bruit du tout " dit l’autre, un troisième dit au Jerusalem Post " Les femmes gagnaient leur vie en faisant des ménages mais elles ne pouvaient pas travailler pour des hommes. ". Un autre voisin : " je pouvais voir les enfants n’importe quand, ils étaient tranquilles, parfois on pouvait en entendre un pleurer. " La police a déclaré qu’elle avait temporisé son arrestation, en dépit de l’évidence des abus exposés dans le documentaire, prce qu’ils avaient des rapports leur indiquant que les femmes se livreraient à un suicide collectif. Monsieur Rtzon expose clairement dans le film ce que les femmes doivent faire après sa mort ou s’il est emmené. " Quand je mourrai…vous mènerez une vie paisible et réglée. Mais si l’état me fait du mal, vous devez les frapper le plus durement possible autant que vous pourrez, meme au prix de votre sang. " dit-il à une des femmes. La police dit qu’il se livrait à sa prédation sur des jeunes femmes vulnérables venant de familles divisées s’il était désolé de les voir s’automutiler avec des rasoirs ou des briquets. Elles étaient toutes enregistrées comme mère célibataire rendant impossible de les poursuivre sous la loi israélienne. Mais une loi récente contre le trafic d'êtres humains a permis aux procureurs de requérir contre Monsieur Ratzon. Plusieurs femmes se sont plaident de mauvais traitements. Deux des " épouses " de Monsieur Ratzon sont soupçonnées d’avoir faciliter ses crimes. Les autres femmes et enfants ont été remis aux services sociaux. Ratzon sera défendu par une avocate, Shlomtzion Gabai qui a déclaré que " pour ce qui le concerne aucun crime sexuel n’a été commis, toutes les femmes étant consentantes. Le documentaire montrait le rituel nocturne de Monsieur Ratzon, " Veux-tu venir avec moi ? " demandait-il à une femme sur ses 25 ans. " Oui " disait-elle en le caressant et en l’embrassant. Les autres femmes apparaissaient dévastées.

Les règles de Ratzon

1 aucune femme ne se mariera ou n’attaquera une autre, soit verbalement, soit physiquement.

amende 2,000 shekels (€400) dans la tirelire familiale.

2 aucune femme ne devra questionner l’autre à propos des questions personnelles

amende 100 shekels (€20)

3 aucune conversation n’est permise ailleurs que dans le salon, le non-sens est interdit.

amende 200 shekels (€40)

4 aucune femme ne devra resté sans rien faire si la vaisselle est à faire, le nettoyage ou si les enfants sont à surveiller etc.

amende 2.000 shekels (€400)

5 si deux femmes sont prises à se battre, elles seront également punies.

amende 2.000 shekels (€400)

6 il est absolument interdit de questionner Ratzon sur son comportement ou sur ses intentions

amende 400 shekels (€80)

7 il est permis de demander de l’accompagner, mais un refus sera accepté sans appel

amende 300 shekels (€600)

8 aucune femme ne peut interrompre Ratzon ni intervenir dans des affaires qui ne la concerne pas

amende 500 shekels (€100)

9 Tous les ordres sont obeis immédiatement

amende 300 shekels (€60)

10 aucune femme ne pourra travailler dans une maison ou se trouve un homme de plus de douze ans d'âge

amende 300 shekels (€60)

 

 

 

 

Sheera Frenkel à Jérusalem pour le Times

 

 

 

 

 

17.11.2009

Mon Oncle Inutile

Le  mot inutile s’applique à beaucoup de gens, par exemple, notre domestique Nobokesto.

Dans notre enfance, nous entendions, notre mère dire fréquemment, «  Nobo, tu es parfaitement inutile. »

Mais Nobo était bon travailleur, bien qu’une extrême lenteur se trouvait parmi ses défauts.

Les après-midi, il prenait des siestes assez longues et la théière était servie à 4 heures et demi plutôt qu’à 4 heures. Alors Maman le tançait de ce mot. Je ne sais pas si le mot inutile s’applique de façon plus appropriée à qui que ce soit d’autre que Sejokaka. (1) qui avait pour sobriquet Khetu et pour  nom complet Khetramohan Sen.

 

Un des cinq frères de mon père, l’aîné, ensuite suivait Mejo, Sejo, Sona et Choto. A l'exception d'oncle  Sejo, tous réussirent dans la vie. Papa, un avocat bien connu, Mejo obtint une maîtrise de littérature et d’histoire et devint un professeur respecté. Sona récolta assez d’argent dans les affaires pour acheter 3 maisons, Choto reçut l’approbation des maîtres musulmans les plus réputés et 36 médailles de gens fortunés pour son excellence en musique classique indienne.

 

Et qu’arriva-t-il à oncle Tejo ? Son histoire ne peut se résumer à quelques mots. Il y avait-il eu un tremblement de terre le jour de sa naissance. Pour beaucoup, c’était la cause de sa confusion. La varicelle et la petite vérole, fait partie de l’enfance de chacun, mais lui, il les avait eues toutes les deux. Périodiquement il avait aussi la coqueluche, la diphtérie, la dengue, de l’eczéma et la variole. Enfant, il hurlait à devenir bleu était pris de hoquets, puis perdait connaissance. Arrivé à l’age de 7 ans, son bégaiement se fit apparent, à 9 ans et demi, le hoquet disparut en tombant d’un goyavier. Mais cela lui cassa aussi la cheville et comme le docteur Biswas ne put réparer la cassure adéquatement, après oncle Sejo marcha avec un léger boitillement. Il ne pouvait plus participer aux jeux sportifs. En plus, l’extrémité de ses doigts manquait de sensibilité pour jouer au carrom et son esprit n’était pas équipé pour les cartes et les échecs. A l’école, il passait ses examens trois fois sans réussir. Alors, son père, c’est à dire mon grand-père, mit fin à ses études. Il dit : « Khetu, tu es des plus inutiles, dépenser de l’argent pour ton éducation, c’est jeter de l’argent à la rigole, mais je ne peux te garder pendu autour de mon cou comme un albatros. A partir de maintenant, tu accompagneras Bhombol au marché pour apprendre à acheter des épinards, des légumes, du poisson et de la viande. Après quoi tu feras les courses de la famille. » Bhombol était de la famille lointaine de mon père, il étudia et grandit jusque l’age d’homme chez nous. Assez longtemps, oncle Sejo accompagna Bhombol au marché. Un jour, nous attendions des invités à la maison, Grand-père mit 2 billets d’une roupie dans la poche d'oncle Seko et dit : « Voyons ce que tu vas acheter, aujourd’hui, le fardeau des commissions est sur tes épaules. » Ce fut la dernière qu’il fit le marché de la famille. Avant de le rejoindre, il perdit l’argent par un trou dans la poche de se chemise, qui se mêla à la poussière du chemin. Qui aurait confiance en Sejokaka après sa mésaventure ?

Mon premier souvenir de lui quand j’avais trois ans le soir de Kalipuja. Quand je vous l’aurais raconté, vous comprendrez pourquoi je m’en souviens. Oncle Sejo rampe sur le sol de la véranda et je suis sur son dos. Soudain, un pétard jeté d’une maison voisine atterri dans le hamac de la véranda. Oncle Seko crie « Damnation » et en se relevant, il me jette sur le sol pavé. En tombant, je me fais un crin à la tête qui saigne à profusion. Ce jour là, il dut subir les terribles reproches de presque tout le monde à la maison. Mais j’ai eu pitié de lui, personne ne le respectait ni le considérait comme humain. C’est pourquoi, en grandissant, je ressentit de la compassion pour mon oncle. De taille moyenne et de complexion claire, la joie et le chagrin se disputaient son visage. Les hommes peuvent être intelligents, industrieux, et alors quoi ? Quel mal peut bien faire, dans une ville qui s’entrechoque, un homme comme oncle Sejo ?

Quand j’en avais l’occasion, je montais dans sa chambre, au premier et m’asseyais près de lui pour lui raconter des histoires. Après un moment, j’ai réalisé l’inutilité de mes narrations puisqu’il ne pouvait garder l’histoire en mémoire jusque la fin.

« Et puis, oncle Sejo ? »

« Après… Hmm. Après. Attends, uh.. ce qui s’est passé après…après… »

Pendant qu’il grommelait,  après,  il s’essoufflait comme un harmonium se vidant de son air. Abandonnant l’histoire, il se mettait à fredonner faux et à la fin de la chanson, jetait la tête en avant assoiffé, Oubliant l'histoire, il baragouinait encore un peu. Je compris alors qu’il ne pouvait rassembler l’effort de se rappeler  l’histoire, je sortis en catimini de la chambre, Oncle Sejo n’appelle plus. Un jour, à 12 ans, je le trouvais dans sa chambre lisant un tome épais avec grand enthousiasme. En réponse à ma question, il réplique, « un livre d’Ayurveda. »

«  Pourquoi lis-tu ce livre ? »

Après un instant de réflexion, il répond gravement, «  Si ce n’est pas une maladie, qu’est-ce que c’est ? »

«  Quoi ? »

«  Je ne peux rien faire, je ne me souviens de rien, rien n’entre dans ma tête, si ce n’est pas une maladie, qu’est-ce que c’est ?

Que pouvais-je dire ? «  Ces choses arrivent, oncle Sejo. »

«  Pourquoi n’y il aurait-il pas de remède ? »

Je dis « Tu veux dire que tu vas te soigner toi-même ? »

Je savais, pour dire vrai,  que personne n’avait jamais songé à le mener chez le docteur pour sa faiblesse d’esprit après  ses maladies d’enfance. , Après lesquelles, généralement,  il s’était bien porté. Oncle Kaka disait « Sur le chemin de Cox Bazaar, j’ai trouvé ce livre pour 10 annas. Peut-Être, me sera-t-il utile et j’espère qu’il existe une cure ayur-védique même pour ma maladie. » 2 jours plus tard dans l’après-midi, pendant la saison des pluies, comme j’approchais de la maison, je vis qu’il se préparait à sortir, chaussures de toile, son dhoti bien serré entre les jambes, un drap de coton sur la poitrine et une ombrelle à la main. Il dit, «  J’ai entendu parlé d’un arbre spécial dans le voisinage, derrière les ruines du temple de Civa, je vaux ses racines et si je les obtiens tous mes problèmes seront réglés. »

Oncle Kaka s’en alla, le ciel s’assombrissait, s’il pleuvait, il ne pourrait réaliser son plan.

J’errai au rez de chaussée pour une plus ou moins heure, puis,  je me rendis en haut dans ma propre chambre. La pluie n’arriva pas et comme le soir arrivait, je le vis revenir, je descendis à temps pour l’accueillir à la porte.

«  Tu as la racine ? »

«  Non, j’ai oublié quelque chose, j’aurai du prendre une torche, cet endroit est une jungle bien trop sombre. »

«  Mais qu’est ce que c’est ? »

Pendant qu’il parlait, mes yeux avaient remarqué une tache rouge au milieu de sa chemise.

«  Tiens, je ne l’ai pas remarqué. »

Aussitôt qu’il ouvrit sa chemise, une sangsue apparut, comme Bhima suçant le sang de Duryodhana. Mêlée de son sang, il l’enleva d’une chiquenaude, elle tomba par terre avec un petit bruit mou. Mais qu’est-ce qu’une sangsue pouvait bien faire à l’oncle  Sejo ? De son épaule, de son coude,, de ses cuisses, ses genoux, poignets et chevilles, on lui retira 14 sangsues. Pas de doute qu’il perdit 5 ou 6 onces de sang ce jour là. Inutile de dire, que cet incident mit fin à ses études sur l’Ayurveda. Je faisais de bonnes études, après mes préparatoires, je changeais d’université. Troisième aux examens, je voulais étudier les sciences et m’en fut à Calcutta. Je vécus à l’hôtel en apprenant ma maîtrise, Premier de la première classe, je partis pour l’Amérique et devint un scientifique connu. Finalement, à l’université de Chicago, je pris un double poste d’enseignant et de chercheur. Si loin de la maison, mes liens avec oncle Sejo devinrent fort épisodiques. Juste quand je commençais à enseigner, je reçus d’étranges nouvelles, une  lettre étrange. Oncle Sejo avait eu la chance de jouer dans un film. Ici, je dois dire de l’apparence d’oncle Sejo présente une certaine ressemblance avec Swami Vivekananda. Non pas en corpulence car il était plus petit mais pour tous il y avait une ressemblance frappante dans la face. Un jour qu’il entendit qu’on allait faire un film à propos de Ramakhrisna Paramhamsa dans lequel apparaîtrait le personnage de Vivekananda, oncle Seko rencontra personnellement le réalisateur et exprima le désir de jouer le rôle Il n’eut aucune difficulté à l’obtenir avec sa ressemblance. Juste une semaine plus tard, dans une autre lettre, j’appris que c’était fini, parce que bien qu’en renfermant dans sa chambre et en annonant ses lignes furieusement, Si Vivekananda répond à Ramakhrisna les lignes de la troisième scène pendant la première. Comment oncle Seko pouvait-il continuer à jouer ? . Même comme acteur, oncle Seko était parvenu à établir qu’il était complètement inutile. L’année de mes 48 ans, je lus une lettre de mon jeune frère, il m’écrivait qu’oncle Seko était parti à Coimbatore pour se faire l’élève d’un sâdhu. L’année dernière, je du me rendre à Calcutta au début de décembre pour le mariage de Kakali la fille d’oncle Choto, Mon épouse et mes deux filles complètement américanisées. Depuis la dernière lette, je n’avais plus eu de nouvelles d’oncle Sejo. On m’apprit qu’il se trouvait justement dans cette ville pour sa santé, j’étais naturellement pressé de le rencontrer. J’avais soixante ans, il devait bien en avoir nonante. J’entendis qu’il habitait sur la route de Fern, chez le fils de sa sœur, qui était docteur. On s’est vu pendant trois mois. Apparemment, il ne pouvait rien entendre à la religion et ses dix années passées à Coimbatore ne lui en avaient pas apporté les secours. Il avait perdu trente kilos. Quand il entendit que je venais, il avait dit à son neveu le docteur, dis à Jhontu qu’il vienne me voir au moins une fois. »

Un dimanche soir, j’y allais. On bardait la maison, au second étage, dans la pénombre, éclairé d’une simple chandelle hésitante était assis oncle Sejo, penché sur un lit de camp, un étroit châle en roulé au cou.

Je sus, tout de suite, que c’était lui, et je dois dire que pour un homme de son age, il se portait bien. Ses cheveux étaient complètement gris mais en avoir, à cet  age, c’est déjà pas mal. Sa bouche s’ouvrit d’un sourire quand il me vit. On y voyait toujours une douzaine de vraies dents. Sa voix s’était affaiblie, il parlait de façon notablement vigoureuse, que je ne lui avais jamais connu. Sans doute,  désormais aîné, il n’avait plus à baisser la tête devant ses frères. Son attitude semblait plus digne.

« Alors Jhontu » dit oncle Sejo, « Dis moi ce que tu fais en Amérique. »

Je décrivis mon travail avec le plus de modestie possible.

« Physique, Recherche ? » dit oncle Sejo, « Les gens te respectent-ils ? »

Ma tante de septante ans interrompit mes humbles bégaiements et se mit à exposer ma gloire dans un crescendo hyperbolique.

« Oh ! Vraiment ? » dit Sejo «  As-tu eu le prix Nobel, au moins ? »

Je secouais la tête avait un léger sourire

«  S’il y a bien quelque chose à désirer alors, c’est parfaitement inutile ! »

Alors que je commençais à parer ses proclamations théoriques, je disparus sous la surface de la tirade de Sejo.

«  Tu es parti pour vivre dans un autre pays, quand je pensais que tu trouverais la paix à Calcutta. Tu vas passer les derniers jours de ma vie avec moi. Dis moi ce qui se passe ici, les vautours ont rongé cette ville jusqu’à l’os, 10 heures par jour sans électricité, on ne peut échapper aux brouillards et aux fumées. Tout est cher et l’estomac ne peut se satisfaire d’une si pauvre nourriture. Tout est si… si inutile ! ».

Ce jour là je réalisais que mon affection pour oncle Sejo était intacte, L’écouter restait encore un délice,  il m’apparut  l’esprit que nous avions peut-être  tort ensemble, Les dispositions d’oncle Sejo étaient naturellement saines ;  que dans cette parfaite création, nous étions les inutiles.

Ce n’était pas vraiment exact comme oncle Sejo le prouva quelques jours plus tard.

Un matin, je reçus un coup de téléphone de la maison de ma tante me disant qu’oncle Sejo avait quitté ce monde à l’aube. Il fit pour mourir le choix qu’il fit de sa vie. Le soir de ce jour était celui du mariage de mon cousin.

 

Notes

1 Kaka signifie en Bengali « oncle »

2 Mejo et Sejo veulent dire en bengali  second et le troisième dans l’ordre de la naissance. Après on peut choisir, Sona signifie Or et Choto le cadet.

Littérature indienne, petites histoires du Bengale vol XXXII n°1 (jan-fev ; 1981)