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17.11.2009

Mon Oncle Inutile

Le  mot inutile s’applique à beaucoup de gens, par exemple, notre domestique Nobokesto.

Dans notre enfance, nous entendions, notre mère dire fréquemment, «  Nobo, tu es parfaitement inutile. »

Mais Nobo était bon travailleur, bien qu’une extrême lenteur se trouvait parmi ses défauts.

Les après-midi, il prenait des siestes assez longues et la théière était servie à 4 heures et demi plutôt qu’à 4 heures. Alors Maman le tançait de ce mot. Je ne sais pas si le mot inutile s’applique de façon plus appropriée à qui que ce soit d’autre que Sejokaka. (1) qui avait pour sobriquet Khetu et pour  nom complet Khetramohan Sen.

 

Un des cinq frères de mon père, l’aîné, ensuite suivait Mejo, Sejo, Sona et Choto. A l'exception d'oncle  Sejo, tous réussirent dans la vie. Papa, un avocat bien connu, Mejo obtint une maîtrise de littérature et d’histoire et devint un professeur respecté. Sona récolta assez d’argent dans les affaires pour acheter 3 maisons, Choto reçut l’approbation des maîtres musulmans les plus réputés et 36 médailles de gens fortunés pour son excellence en musique classique indienne.

 

Et qu’arriva-t-il à oncle Tejo ? Son histoire ne peut se résumer à quelques mots. Il y avait-il eu un tremblement de terre le jour de sa naissance. Pour beaucoup, c’était la cause de sa confusion. La varicelle et la petite vérole, fait partie de l’enfance de chacun, mais lui, il les avait eues toutes les deux. Périodiquement il avait aussi la coqueluche, la diphtérie, la dengue, de l’eczéma et la variole. Enfant, il hurlait à devenir bleu était pris de hoquets, puis perdait connaissance. Arrivé à l’age de 7 ans, son bégaiement se fit apparent, à 9 ans et demi, le hoquet disparut en tombant d’un goyavier. Mais cela lui cassa aussi la cheville et comme le docteur Biswas ne put réparer la cassure adéquatement, après oncle Sejo marcha avec un léger boitillement. Il ne pouvait plus participer aux jeux sportifs. En plus, l’extrémité de ses doigts manquait de sensibilité pour jouer au carrom et son esprit n’était pas équipé pour les cartes et les échecs. A l’école, il passait ses examens trois fois sans réussir. Alors, son père, c’est à dire mon grand-père, mit fin à ses études. Il dit : « Khetu, tu es des plus inutiles, dépenser de l’argent pour ton éducation, c’est jeter de l’argent à la rigole, mais je ne peux te garder pendu autour de mon cou comme un albatros. A partir de maintenant, tu accompagneras Bhombol au marché pour apprendre à acheter des épinards, des légumes, du poisson et de la viande. Après quoi tu feras les courses de la famille. » Bhombol était de la famille lointaine de mon père, il étudia et grandit jusque l’age d’homme chez nous. Assez longtemps, oncle Sejo accompagna Bhombol au marché. Un jour, nous attendions des invités à la maison, Grand-père mit 2 billets d’une roupie dans la poche d'oncle Seko et dit : « Voyons ce que tu vas acheter, aujourd’hui, le fardeau des commissions est sur tes épaules. » Ce fut la dernière qu’il fit le marché de la famille. Avant de le rejoindre, il perdit l’argent par un trou dans la poche de se chemise, qui se mêla à la poussière du chemin. Qui aurait confiance en Sejokaka après sa mésaventure ?

Mon premier souvenir de lui quand j’avais trois ans le soir de Kalipuja. Quand je vous l’aurais raconté, vous comprendrez pourquoi je m’en souviens. Oncle Sejo rampe sur le sol de la véranda et je suis sur son dos. Soudain, un pétard jeté d’une maison voisine atterri dans le hamac de la véranda. Oncle Seko crie « Damnation » et en se relevant, il me jette sur le sol pavé. En tombant, je me fais un crin à la tête qui saigne à profusion. Ce jour là, il dut subir les terribles reproches de presque tout le monde à la maison. Mais j’ai eu pitié de lui, personne ne le respectait ni le considérait comme humain. C’est pourquoi, en grandissant, je ressentit de la compassion pour mon oncle. De taille moyenne et de complexion claire, la joie et le chagrin se disputaient son visage. Les hommes peuvent être intelligents, industrieux, et alors quoi ? Quel mal peut bien faire, dans une ville qui s’entrechoque, un homme comme oncle Sejo ?

Quand j’en avais l’occasion, je montais dans sa chambre, au premier et m’asseyais près de lui pour lui raconter des histoires. Après un moment, j’ai réalisé l’inutilité de mes narrations puisqu’il ne pouvait garder l’histoire en mémoire jusque la fin.

« Et puis, oncle Sejo ? »

« Après… Hmm. Après. Attends, uh.. ce qui s’est passé après…après… »

Pendant qu’il grommelait,  après,  il s’essoufflait comme un harmonium se vidant de son air. Abandonnant l’histoire, il se mettait à fredonner faux et à la fin de la chanson, jetait la tête en avant assoiffé, Oubliant l'histoire, il baragouinait encore un peu. Je compris alors qu’il ne pouvait rassembler l’effort de se rappeler  l’histoire, je sortis en catimini de la chambre, Oncle Sejo n’appelle plus. Un jour, à 12 ans, je le trouvais dans sa chambre lisant un tome épais avec grand enthousiasme. En réponse à ma question, il réplique, « un livre d’Ayurveda. »

«  Pourquoi lis-tu ce livre ? »

Après un instant de réflexion, il répond gravement, «  Si ce n’est pas une maladie, qu’est-ce que c’est ? »

«  Quoi ? »

«  Je ne peux rien faire, je ne me souviens de rien, rien n’entre dans ma tête, si ce n’est pas une maladie, qu’est-ce que c’est ?

Que pouvais-je dire ? «  Ces choses arrivent, oncle Sejo. »

«  Pourquoi n’y il aurait-il pas de remède ? »

Je dis « Tu veux dire que tu vas te soigner toi-même ? »

Je savais, pour dire vrai,  que personne n’avait jamais songé à le mener chez le docteur pour sa faiblesse d’esprit après  ses maladies d’enfance. , Après lesquelles, généralement,  il s’était bien porté. Oncle Kaka disait « Sur le chemin de Cox Bazaar, j’ai trouvé ce livre pour 10 annas. Peut-Être, me sera-t-il utile et j’espère qu’il existe une cure ayur-védique même pour ma maladie. » 2 jours plus tard dans l’après-midi, pendant la saison des pluies, comme j’approchais de la maison, je vis qu’il se préparait à sortir, chaussures de toile, son dhoti bien serré entre les jambes, un drap de coton sur la poitrine et une ombrelle à la main. Il dit, «  J’ai entendu parlé d’un arbre spécial dans le voisinage, derrière les ruines du temple de Civa, je vaux ses racines et si je les obtiens tous mes problèmes seront réglés. »

Oncle Kaka s’en alla, le ciel s’assombrissait, s’il pleuvait, il ne pourrait réaliser son plan.

J’errai au rez de chaussée pour une plus ou moins heure, puis,  je me rendis en haut dans ma propre chambre. La pluie n’arriva pas et comme le soir arrivait, je le vis revenir, je descendis à temps pour l’accueillir à la porte.

«  Tu as la racine ? »

«  Non, j’ai oublié quelque chose, j’aurai du prendre une torche, cet endroit est une jungle bien trop sombre. »

«  Mais qu’est ce que c’est ? »

Pendant qu’il parlait, mes yeux avaient remarqué une tache rouge au milieu de sa chemise.

«  Tiens, je ne l’ai pas remarqué. »

Aussitôt qu’il ouvrit sa chemise, une sangsue apparut, comme Bhima suçant le sang de Duryodhana. Mêlée de son sang, il l’enleva d’une chiquenaude, elle tomba par terre avec un petit bruit mou. Mais qu’est-ce qu’une sangsue pouvait bien faire à l’oncle  Sejo ? De son épaule, de son coude,, de ses cuisses, ses genoux, poignets et chevilles, on lui retira 14 sangsues. Pas de doute qu’il perdit 5 ou 6 onces de sang ce jour là. Inutile de dire, que cet incident mit fin à ses études sur l’Ayurveda. Je faisais de bonnes études, après mes préparatoires, je changeais d’université. Troisième aux examens, je voulais étudier les sciences et m’en fut à Calcutta. Je vécus à l’hôtel en apprenant ma maîtrise, Premier de la première classe, je partis pour l’Amérique et devint un scientifique connu. Finalement, à l’université de Chicago, je pris un double poste d’enseignant et de chercheur. Si loin de la maison, mes liens avec oncle Sejo devinrent fort épisodiques. Juste quand je commençais à enseigner, je reçus d’étranges nouvelles, une  lettre étrange. Oncle Sejo avait eu la chance de jouer dans un film. Ici, je dois dire de l’apparence d’oncle Sejo présente une certaine ressemblance avec Swami Vivekananda. Non pas en corpulence car il était plus petit mais pour tous il y avait une ressemblance frappante dans la face. Un jour qu’il entendit qu’on allait faire un film à propos de Ramakhrisna Paramhamsa dans lequel apparaîtrait le personnage de Vivekananda, oncle Seko rencontra personnellement le réalisateur et exprima le désir de jouer le rôle Il n’eut aucune difficulté à l’obtenir avec sa ressemblance. Juste une semaine plus tard, dans une autre lettre, j’appris que c’était fini, parce que bien qu’en renfermant dans sa chambre et en annonant ses lignes furieusement, Si Vivekananda répond à Ramakhrisna les lignes de la troisième scène pendant la première. Comment oncle Seko pouvait-il continuer à jouer ? . Même comme acteur, oncle Seko était parvenu à établir qu’il était complètement inutile. L’année de mes 48 ans, je lus une lettre de mon jeune frère, il m’écrivait qu’oncle Seko était parti à Coimbatore pour se faire l’élève d’un sâdhu. L’année dernière, je du me rendre à Calcutta au début de décembre pour le mariage de Kakali la fille d’oncle Choto, Mon épouse et mes deux filles complètement américanisées. Depuis la dernière lette, je n’avais plus eu de nouvelles d’oncle Sejo. On m’apprit qu’il se trouvait justement dans cette ville pour sa santé, j’étais naturellement pressé de le rencontrer. J’avais soixante ans, il devait bien en avoir nonante. J’entendis qu’il habitait sur la route de Fern, chez le fils de sa sœur, qui était docteur. On s’est vu pendant trois mois. Apparemment, il ne pouvait rien entendre à la religion et ses dix années passées à Coimbatore ne lui en avaient pas apporté les secours. Il avait perdu trente kilos. Quand il entendit que je venais, il avait dit à son neveu le docteur, dis à Jhontu qu’il vienne me voir au moins une fois. »

Un dimanche soir, j’y allais. On bardait la maison, au second étage, dans la pénombre, éclairé d’une simple chandelle hésitante était assis oncle Sejo, penché sur un lit de camp, un étroit châle en roulé au cou.

Je sus, tout de suite, que c’était lui, et je dois dire que pour un homme de son age, il se portait bien. Ses cheveux étaient complètement gris mais en avoir, à cet  age, c’est déjà pas mal. Sa bouche s’ouvrit d’un sourire quand il me vit. On y voyait toujours une douzaine de vraies dents. Sa voix s’était affaiblie, il parlait de façon notablement vigoureuse, que je ne lui avais jamais connu. Sans doute,  désormais aîné, il n’avait plus à baisser la tête devant ses frères. Son attitude semblait plus digne.

« Alors Jhontu » dit oncle Sejo, « Dis moi ce que tu fais en Amérique. »

Je décrivis mon travail avec le plus de modestie possible.

« Physique, Recherche ? » dit oncle Sejo, « Les gens te respectent-ils ? »

Ma tante de septante ans interrompit mes humbles bégaiements et se mit à exposer ma gloire dans un crescendo hyperbolique.

« Oh ! Vraiment ? » dit Sejo «  As-tu eu le prix Nobel, au moins ? »

Je secouais la tête avait un léger sourire

«  S’il y a bien quelque chose à désirer alors, c’est parfaitement inutile ! »

Alors que je commençais à parer ses proclamations théoriques, je disparus sous la surface de la tirade de Sejo.

«  Tu es parti pour vivre dans un autre pays, quand je pensais que tu trouverais la paix à Calcutta. Tu vas passer les derniers jours de ma vie avec moi. Dis moi ce qui se passe ici, les vautours ont rongé cette ville jusqu’à l’os, 10 heures par jour sans électricité, on ne peut échapper aux brouillards et aux fumées. Tout est cher et l’estomac ne peut se satisfaire d’une si pauvre nourriture. Tout est si… si inutile ! ».

Ce jour là je réalisais que mon affection pour oncle Sejo était intacte, L’écouter restait encore un délice,  il m’apparut  l’esprit que nous avions peut-être  tort ensemble, Les dispositions d’oncle Sejo étaient naturellement saines ;  que dans cette parfaite création, nous étions les inutiles.

Ce n’était pas vraiment exact comme oncle Sejo le prouva quelques jours plus tard.

Un matin, je reçus un coup de téléphone de la maison de ma tante me disant qu’oncle Sejo avait quitté ce monde à l’aube. Il fit pour mourir le choix qu’il fit de sa vie. Le soir de ce jour était celui du mariage de mon cousin.

 

Notes

1 Kaka signifie en Bengali « oncle »

2 Mejo et Sejo veulent dire en bengali  second et le troisième dans l’ordre de la naissance. Après on peut choisir, Sona signifie Or et Choto le cadet.

Littérature indienne, petites histoires du Bengale vol XXXII n°1 (jan-fev ; 1981)

 

 

 

 

 

 

 

Les soupçons de Monsieur Sadhan

Quand Monsieur Sadhan, revenu du travail trouve une brindille sur le sol de sa chambre. L'ameublement y était tout ordinaire, une couchette, un bassin, un pot d'eau sur une chaise. La moindre particule de poussière dans les coins lui était insupportable. Son linge bien rangé, éclatant. Bien que prosaïque, Sathan laisse ses taches

Domestiques au domestique.  Il leva le nez à la vue de la brindille.

"Pocha !"

Il se présenta

"Vous m'avez appelé, Monsieur ?"

"Que veux-tu dire, tu en doutes ?"

"Non Monsieur, pourquoi en douterais-je ?"

"Pourquoi cette brindille sur le sol ?"

" Je ne sais pas, Monsieur,  un oiseau l'a peut-être perdu".

" U oiseau qui l'a apporté pour construire son nid l'aurait-il perdu,  pourquoi ? tu ne l'as pas vue en balayant ou n'as-tu pas balayé du tout"

" Je balaie chaque jour, Monsieur et cette brindille n'était pas là".

"C'est la vérité ?"

"Oh oui, Monsieur ".

"Tout de même, c'est bizarre ".

Le matin suivant avant d'aller au bureau Sadhan vit un moineau et suspecta qu'il projetait de construire son nid. Mais ou ? Où dans l'appartement ? Dans l'encadrement de la fenêtre, çà se pourrait. Il commençait à se demander pourquoi, dans cet immeuble de trois étages à sept appartements, c'était sur le sien que l'animal avait jeté le regard. Qu'est ce qui pouvait bien y attirer un oiseau ? Après y avoir beaucoup pensé, Monsieur Sadhan se demanda si ce n'était pas sa nouvelle brillantine parfumée. D'après Nilmoni, du second étage, c'était un remède contre les pellicules. Son odeur forte attire peut-être les oiseaux. Il se posait la question si son domestique ne répandait pas de lotion pour faire de son appartement, un genre de sanctuaire pour les oiseaux. En réalité, sa paranoïa était bien connue de chacun au 72 de la rue de Mirjapur, et çà les faisait bien rire.

" Hé salut, c'est quoi le nouveau soupçon aujourd'hui ? "

Il avait à entendre ce genre de questions presque à la fin de chaque journée. Et pas seulement des questions, ils avaient aussi d'autres façons de le tirer en bouteille. Le soir, Sedan se tenait à la table de la  partie de carte habituelle qui se tenait chez Nobendu Chatterjee dans le studio du premier étage. Un jour, en y allant, Nobendu lui passa un petit billet de papier froissé et dit,

" Regardez ceci, Monsieur et voyez si quoi que ce soit vous paraissez suspicieux. On l'a jeté de la fenêtre".

En réalité, cette page était arrachée du livre de calcul de la fille de Nobendu. Sadhan aplati le papier, le lit un moment et dit,

"Il semble qu'une sorte de code avec des nombres est écrite dessus".

Nobendu regardait Sadhan sans un mot

" Mais nous devons le tirer au clair," dit Sadhan, "  c'est peut-être une menace. Dans ce cas…"

Naturellement, le code ne fut jamais déchiffrer, mais ce n'était pas important. DE ce chiffon de papier les soupçons de Monsieur Sadhan prirent la tangente,  se mit à  penser que tout Calcutta était un tripot plein de joueurs décevants et de menteurs compulsifs. Dans ces conditions, les soupçons lui servaient de légitime défense

Un jour, en rentrant du travail, Sadhan trouva un gros paquet sur sa table. D'abords, il se dit qu'il était là par accident. Qui lui enverrait un paquet comme celui-ci ? Il n'attendait rien.

Il alla vers lui et vit que son nom ne se trouvait pas sur le paquet, ce qui augmenta sa méfiance.

Ayant sonné son domestique, il demanda,

" D'où viens ce paquet  ? "

"Monsieur, un homme est venu cet après-midi et l'a donné à Dannajoy, il vous a demandé et a dit qu'il était à vous".

"Que contient-il ? , Qui l'a envoyé ? C'est tout ce qu'il a dit ? "

"Oui, Monsieur, c'est tout ".

Après avoir mis son châle à la patère, Sadhan s'assit sur le lit, c'était un gros paquet, presque assez pour y mettre un petit homme. Mais impossible de savoir qui l'avait envoyé.

Il se leva du lit retourna vers le paquet et le soupesa, il pesait, au moins,  cinq kilos. Il tenta de se souvenir quand il avait reçu un pareil emballage pour la dernière fois. Oui, sa tante qui habitait à Karoda lui avait envoyé de la pulpe de mangue (aamsotto), il y a trois ans de cela. Elle était morte depuis trois mois. Aujourd'hui, Sadhan n'avait plus de parents même éloignés. L'absence de lettre ne fit qu'augmenter sa perplexité.

Et s'il y en avait une, elle s'était perdue par la négligence de Dananjoy.

Maintenant, il fallait parler à Dananjoy. En se disant qu'il ne fallait pas le faire appeler, il descendit au rez de chaussée. Danajoy était dans la cour avec un mortier et s'escrimait à moudre quelque chose.. Il se leva à l'appel de Sadhan.

"Quelqu'un vous a donné un paquet pour moi aujourd'hui ?"

"Oui, Monsieur ".

" Et pas de lettre avec ?"

"Non, Monsieur"

"A-t-il dit d'où il venait ?"

"Il a mentionné un nom comme "Madan" ou quelque chose, je n'en suis pas sur ".

Sadhan ne se souvenait de personne de ce nom. Qui sait ce que l'homme avait vraiment dit ? Sadhan avait toujours soupçonné que Danajoy était sot.

" Il n'y avait pas de reçu avec le colis ? "

" Oui, Monsieur et il l'a signé ".

"Qui ? Shorashi ?"

"Oui, Monsieur ".

Bon, c'était inutile de questionner Shorashi, Il avait signé un bout de papier…Sadhan

sans faire attention de l'origine de l'envoi.

Sadhan retourna à son appartement. C4était novembre et on pouvait clairement sentir les premiers frimas de l'hiver dans l'air du soir. Bientôt, ce serait Kalipuja. Les préparations allaient bon train et parfois, on pouvait entendre un pétard exploser.

"Boom !"

Ce pétard avait explosé dans le voisinage. Juste à cet instant, un choc parcouru le dos de Sadhan.

"Une bombe à retardement !"

Il y avait peut-être une bombe à retardement dans le paquet attendant son moment pour sauter, et mener ses activités  en ce monde, à leurs fins. On entend parler de ces bombes partout ces temps-ci, c'était une arme de choix pour les terroristes internationaux, mais qui lui enverrait une bombe et pourquoi ? Aussitôt qu'il se formula ces questions Sadhan se rappela, que dans sa profession, on ne manquait  jamais d'ennemis. Il devait même graisser la patte pour obtenir des contrats, tout comme ses adversaires en affaires. Quand il en gagnait un, tous les autres concurrents devenaient ses ennemis jurés, çà arrivait souvent.

"Pocha !"

Il entendait sa voix, était à peine audible, Son gosier sec comme du carton.

Pocha se montra quand même.

" Vous appelez Monsieur ?"

Mais étais-ce une bonne idée ? Sadhan avait pensé qu'il dirait à Pocha de mettre son oreille et écouter pour un bruit de tic-tac mais si le paquet…

Sadhan ne pouvait plus penser, Pocha était toujours là attendant les ordres de son maître, Il fut forcer de dire qu'il l'avait appelé par erreur et qu'il n'en avait pas besoin.

Sadhan n'oubliera jamais cette nuit, parfois, il se réveillait, pris d'indisposition, mais pour la première fois, il avait passé la nuit entière, assis sur son lit, trempé de sueur froide, au bord d'une terreur consciente.

La bombe n'ayant pas explosé durant la nuit, il regagna une certaine  confiance. Il décidât d'ouvrir le paquet le soir même. Il réalisa même, que ses soupçons se trouvaient exagérés.

Mais quelque chose arriva ce soir là et le paquet resta fermé.

La plupart des gens lisent tout le journal, mais pas Sadhan, il lisait rapidement les titres de chaque page. C'est pourquoi il n'avait pas vu la nouvelle d'un meurtre au Nord de Calcutta, Il ne l'apprit que le soir ; il entendit une conversation animée en passant devant l'appartement de Nobendu Chatterjee en rentrant du bureau.

Un meurtre, allée Patuatola, Shibdash Moulik, le nom de la victime, ce nom déclencha des souvenirs lointains dans la mémoire de Sadhan. Il avait bien connu Moulik, étais-ce Shibdash, son nom ? Possible. Il avait vécu allée Patuatola avec Moulik pour voisin. Il y jouait aux cartes tous les soirs. Tout le monde l'appelait Moulik alors Sadhan ne savait pas son prénom, deux autres y allaient Sukhen Datta et Madhushudan Maiti. Il n'avait jamais rencontré un caractère si traître que ce dernier, Absolument convaincu que Maiti trichait aux cartes, il l'en accusa un jour. La réaction fut terrible. Sadhan découvrit qu'il gardait toujours un couteau dans la poche. Et, c'est grâce à Moulik et à Shukken Datta s'il vivait vivais encore aujourd'hui. Après quelques succès en affaires, Sadhan déménagea la maison de l'allée Patuatola vers la rue de Mirjapour, oubliant ses relations avec Moulik et compagnie. Ce qui ne lui fit pas perdre sa manie des cartes ni sa manie paranoïaque, Mais d'autres changements eurent lieu, il passa de la bidis à la cigarette, sa vêture s'améliora et se  rendait parfois dans les boutiques

Pour acheter du bric-à-brac pour son appartement, une peinture, un vase ou un cendrier d'importation. Son existence des sept dernières années se déroula ainsi.

Si l'homme assassiné était bien le Shibdash Moulik qu'il avait connu, alors c'était  Madhu Maiti. Sadhan en était certain

"Comment l'a-t-on tué ? " demanda-t-il.

" Brutalement," dit Nobendu Chatterjee. " On n'a pas pu identifier le corps. Ils ont trouvé son nom sur un agenda trouvé dans sa poche ".

"Pourquoi n'a-t-on pas pu identifier le corps ? "

" Il n'y avait que le torse, la tête avait disparu ".

Pas de tête, çà veux dire …"

" Chop Chop !" Nobendo démontra ceci en levant sa main repliée au-dessus de sa tête et en l'abaissant violemment. " Ils n'ont pas trouvé ou le meurtrier avait mis la tête".

"Ont-ils trouvé le meurtrier ? "

"Il s ont trouvé un jeu de cartes ou se trouvait Moulik et la police pense qu'il y a un lien ".

En montant les escaliers, Sadhan réalisa que sa tête tournait. Le moment  de l'accusation de tricher aux cartes lui revenait clairement en face des yeux. Il échappe au coup de couteau mais se souvint longtemps du regard plein d'une haine brûlante  de Maidi. ET il se souvenait Maidi disant,

"Tu ne me connais pas, Sadhan ! Tu t'en tires aujourd'hui, mais j'aurais ma revanche, Peut-Être aujourd'hui peut-être dans dix ans !" Il l'avait juré. Sadhan avait pensé qu'en quittant l'allée Patuatola, il y échapperait, mais…

"Et si ce paquet venait de Madhu Maiti ? Le domestique  avait dit "Madan". Pas de doute, Dananjoy était dur d'oreille il n'y a pas beaucoup de différence entre Madhu et Madan. Madhu ou ses gens avaient envoyé ce paquet

et le bordereau  pour être certain qu'il arriverait chez lui.

La tête de Shibdash Moulik se trouvait dans le colis !

Entre le sommet de l'escalier et sa chambre, Sadhan s'amarra à cette idée. De sa porte, il pouvait voir le paquet placé sur la table près du vase. Soudain, à la fois le poids et la dimension indiquait clairement ce qu'elle contenait. Pocha resta là, un peu surpris de voir son maître stationnant dessous le chambranle. Après une énorme réflexion, il parvint dans sa confusion à articuler au domestique de lui apporter du thé..

"Quelqu'un est venu pour moi aujourd'hui ?"

"Non, Monsieur."

"Hmm."

Il se demandait si la police n'était pas venue quand il était parti. Que lui arriverait-il s'ils trouvaient une tête dans son appartement ? Çà le fit suer. Il retrouva un peu de force en avalant le thé. Au moins, ce n'était pas une bombe.

Une chose était certaine. S'il devait passer la nuit entière assis à coté d'une boite avec une tête dedans, il allait devenir fou. Une pilule le fit dormir de suite mais il ne put échapper à ses cauchemars. A un certain moment il se voyait jouer aux cartes avec Moulic décapité. Après, ce fut la tête sans corps qui venait vers lui disant " Ami, je ne peux pas respirer dans cette boite, je t'en prie libère m'en. Malgré la pilule, Sadhan se leva à cinq heures et demi comme il l'avait fait toute sa vie. Inspiré par la clair lumière de l'aube il se leva avec une solution à son présent problème. Il débutât par l'arrivée de la tête, mais rien n'empêchait de s'en débarrasser et de mettre ainsi fin  ses soucis. Comme l'aube apparaissait, avant de faire autre chose, Sadhan fourra le paquet dans un grand sac de marché, l'emballage était en bon et pas une goutte de sang n'avait coulé de la boite. Il prit vingt cinq minutes pour rejoindre Kaligat en autobus. De là, à pied, il rejoignit la rive de l'Adiganga trouva un coin assez isolé et jeta le paquet dans la rivière aussi loin qu'il put. Il le perdit de vue, Sadhan sorti du bois. Trente cinq minutes pour retourner à la maison. En entrant, la pendule murale de Shorashi sonnait sept heures. Il lui parut soudain que depuis quelques jours, il oubliait quelque chose. C'est choses arrivent quand on dépasse vingt cinq ans. Nilmoni lui avait conseiller de manger beaucoup d'épinards pour cela. Aujourd'hui Sadhan devait partir une heure plutôt que d'habitude parce qu'il avait des choses à faire au travail. Alors qu'il entrait à "l'Échange Moderne", la boutique de Russell Street, le propriétaire, Monsieur Tulsi, vint vers lui avec un grand sourire

"Comment est la pendule ?"

" Vous l'avez envoyé ?"

"Bien sur, j'ai dis que je le ferais, vous ne l'avez pas reçue ?"

" Vous l'aimiez tant que vous m'avez donné cinq cent roupies d'acompte, vous reprendrais-je ma parole ?"

" Non, non bien sur que non"

" Vous verrez, c'est une horloge de première classe, faite par une maison française fameuse, vous avez de la chance. Et Tulsi s'en alla vers un autre client et Sadhan quitta le magasin.

Pouvait-il y avoir un doute que Danajoy ait entendu "Modern" comme "Madan" et. Et qui peut nier que Madhu Maiti ait eu sa revanche ?